Elle avait un mal
De chien à se dé-
Fendre contre les mouches
Contre la chaleur contre
La lumière et la
Sécheresse de tout ce qui
L’entourait
Elle disait que tout ça
La réduisait à
Un amas de viande et
Qu’elle se sentait
Pourrir sur pied que
Les mouches rôdaient en
Elle et qu’elle les
Entendait apaiser leur
Faim sur ses organes
Envahir et cureter
L’intérieur de sa tête
Cavaler sans relâche
Dans ses veines
Lui grignoter le cœur
Et moi je l’écoutais
Déconner
En regardant ses jolis
Yeux sombres
samedi 29 mai 2010
Il faut dire les choses avant d'être mort
Elle avait un mal
De chien à se dé-
Fendre contre les mouches
Contre la chaleur contre
La lumière et la
Sécheresse de tout ce qui
L’entourait
Elle disait que tout ça
La réduisait à
Un amas de viande et
Qu’elle se sentait
Pourrir sur pied que
Les mouches rôdaient en
Elle et qu’elle les
Entendait apaiser leur
Faim sur ses organes
Envahir et cureter
L’intérieur de sa tête
Cavaler sans relâche
Dans ses veines
Lui grignoter le cœur
Et moi je l’écoutais
Déconner
En regardant ses jolis
Yeux sombres
De chien à se dé-
Fendre contre les mouches
Contre la chaleur contre
La lumière et la
Sécheresse de tout ce qui
L’entourait
Elle disait que tout ça
La réduisait à
Un amas de viande et
Qu’elle se sentait
Pourrir sur pied que
Les mouches rôdaient en
Elle et qu’elle les
Entendait apaiser leur
Faim sur ses organes
Envahir et cureter
L’intérieur de sa tête
Cavaler sans relâche
Dans ses veines
Lui grignoter le cœur
Et moi je l’écoutais
Déconner
En regardant ses jolis
Yeux sombres
lundi 24 mai 2010
Dans le corridor
“Dis tu entends ?”
N’entendais rien
Que le craque-
Ment
Du plancher sous
Nos pieds hésitants
Rien que
Le froissement
De la pénombre
Qui coulait comme
Un sirop d’anis
Sur les fleurs ef-
Fondrées du papier
Peint
Son visage s’estom-
Pait petit
Bout par petit
Bout une bête
Minuscule
Soulevait encore
Le tissu rose sur
Sa poitrine
Et un sourire
A peine à peine
Ouvert
Mêlait son souffle
A l’obscurité qui
Gagnait l’ap-
Partement.
N’entendais rien
Que le craque-
Ment
Du plancher sous
Nos pieds hésitants
Rien que
Le froissement
De la pénombre
Qui coulait comme
Un sirop d’anis
Sur les fleurs ef-
Fondrées du papier
Peint
Son visage s’estom-
Pait petit
Bout par petit
Bout une bête
Minuscule
Soulevait encore
Le tissu rose sur
Sa poitrine
Et un sourire
A peine à peine
Ouvert
Mêlait son souffle
A l’obscurité qui
Gagnait l’ap-
Partement.
Dans le corridor
“Dis tu entends ?”
N’entendais rien
Que le craque-
Ment
Du plancher sous
Nos pieds hésitants
Rien que
Le froissement
De la pénombre
Qui coulait comme
Un sirop d’anis
Sur les fleurs ef-
Fondrées du papier
Peint
Son visage s’estom-
Pait petit
Bout par petit
Bout une bête
Minuscule
Soulevait encore
Le tissu rose sur
Sa poitrine
Et un sourire
A peine à peine
Ouvert
Mêlait son souffle
A l’obscurité qui
Gagnait l’ap-
Partement.
N’entendais rien
Que le craque-
Ment
Du plancher sous
Nos pieds hésitants
Rien que
Le froissement
De la pénombre
Qui coulait comme
Un sirop d’anis
Sur les fleurs ef-
Fondrées du papier
Peint
Son visage s’estom-
Pait petit
Bout par petit
Bout une bête
Minuscule
Soulevait encore
Le tissu rose sur
Sa poitrine
Et un sourire
A peine à peine
Ouvert
Mêlait son souffle
A l’obscurité qui
Gagnait l’ap-
Partement.
vendredi 21 mai 2010
Ah l'amour !
Blanche et fa-
Dasse
Un peu beau-
Coup puérile
Elle riait dans son
Poing
Quand une main lui
Caressait
Les fesses ou se glissait
Dans son entre-
Jambe
Avant de se coucher
Elle déposait son
Dentier
Sur la table
De nuit
Dasse
Un peu beau-
Coup puérile
Elle riait dans son
Poing
Quand une main lui
Caressait
Les fesses ou se glissait
Dans son entre-
Jambe
Avant de se coucher
Elle déposait son
Dentier
Sur la table
De nuit
Ah l'amour !
Blanche et fa-
Dasse
Un peu beau-
Coup puérile
Elle riait dans son
Poing
Quand une main lui
Caressait
Les fesses ou se glissait
Dans son entre-
Jambe
Avant de se coucher
Elle déposait son
Dentier
Sur la table
De nuit
Dasse
Un peu beau-
Coup puérile
Elle riait dans son
Poing
Quand une main lui
Caressait
Les fesses ou se glissait
Dans son entre-
Jambe
Avant de se coucher
Elle déposait son
Dentier
Sur la table
De nuit
lundi 17 mai 2010
Le lapin
De ses gros doigts, dont un portait une poupée, Daniel défit maladroitement le nœud qui fermait le sachet en plastique étalé sur l’énorme table de boucherie, large, noire, assise solidement sur des pieds sombres et massifs, couturée par les coups de hachoir et de couteau. Du sachet ouvert, il extrait une chose, à la fois flasque et rigide, enveloppée dans un papier brun qu’il déploya à la manière d’un drap qu’on étend sur un lit.
Un lapin dépiauté roula sur la table.
Une odeur de viande crispée se répandit dans la cuisine.
La bête était mince, rosâtre, avec un museau effilé comme un bec d’oiseau de proie.
Daniel soupira, puis il se mit à palper le corps : les cuisses, les flancs délicats, la structure gracile de la cage thoracique. Les yeux de l’animal éclataient comme des perles hagardes.
“Bordel ! ce salaud d’ José m’a filé un lapin qu’a crevé d’ faim ! Qu’est-ce qu’y veut que j’ foute avec ça ?” se dit-il.
Pas la première fois qu’il faisait le coup, José. Non, pas la première. Si ce salopard n’avait pas déguerpi, il pouvait encore le rattraper, le secouer comme un prunier et lui faire rendre le pognon. Tout de suite-tout de suite, avant que sa colère refroidisse. Parce que dans une semaine, la poche à fiel aurait crevé.
José avait l’habitude de s’attarder dans la salle du bistrot, de vider un verre de blanc triomphant, adossé au radiateur, et de ramener sa gueule sur un tas de sujets qui tournaient autour de ses entourloupettes. “Pas ici, hein... Avec toi, Daniel, j’ suis correct, droit dans mes bottes. Mais certains crétins, j’ les roule dans la farine, je m’ gêne pas beaucoup. Y s’ gêneraient pas, eux !”
Daniel arracha son tablier gris ligné blanc, le jeta sur la table de boucherie et, saisissant au passage le lapin d’une main féroce, il se précipita vers la salle. Le pas raidi par la colère. Cette fois, ce connard de José allait pas s’en tirer, non, l’allait en prendre plein les gencives.
Une courette carrelée, perpétuellement investie par l’ombre, encombrée de caisses, de fûts, de cartons et de bouteilles, séparait la cuisine et les appartements du bistrot situé au bout d’un long boyau qui sentait l’ammoniaque.
Au milieu du corridor, Daniel ralentit sa foulée. Des voix lui parvenaient depuis la salle. Il entendait Brigitte plaisanter de sa voix haut perchée, il entendait José s’esclaffer ; il entendait aussi d’autres voix qu’il reconnaissait, les voix des habitués. Des clients de Brigitte. Il s’arrêta.
Un éclat terne et bleu marquait le bout du corridor qui disparaissait dans un coude. La chair du lapin s’était réchauffée dans la poigne de Daniel. L’odeur de la viande remontait comme une couleuvre le long de son bras, glissait sur son épaule, son cou et pénétrait dans ses narines.
Il resta immobile, à guetter les syllabes et le ton des voix, tandis que le lapin saignait du nez juste à ses pieds.
Un lapin dépiauté roula sur la table.
Une odeur de viande crispée se répandit dans la cuisine.
La bête était mince, rosâtre, avec un museau effilé comme un bec d’oiseau de proie.
Daniel soupira, puis il se mit à palper le corps : les cuisses, les flancs délicats, la structure gracile de la cage thoracique. Les yeux de l’animal éclataient comme des perles hagardes.
“Bordel ! ce salaud d’ José m’a filé un lapin qu’a crevé d’ faim ! Qu’est-ce qu’y veut que j’ foute avec ça ?” se dit-il.
Pas la première fois qu’il faisait le coup, José. Non, pas la première. Si ce salopard n’avait pas déguerpi, il pouvait encore le rattraper, le secouer comme un prunier et lui faire rendre le pognon. Tout de suite-tout de suite, avant que sa colère refroidisse. Parce que dans une semaine, la poche à fiel aurait crevé.
José avait l’habitude de s’attarder dans la salle du bistrot, de vider un verre de blanc triomphant, adossé au radiateur, et de ramener sa gueule sur un tas de sujets qui tournaient autour de ses entourloupettes. “Pas ici, hein... Avec toi, Daniel, j’ suis correct, droit dans mes bottes. Mais certains crétins, j’ les roule dans la farine, je m’ gêne pas beaucoup. Y s’ gêneraient pas, eux !”
Daniel arracha son tablier gris ligné blanc, le jeta sur la table de boucherie et, saisissant au passage le lapin d’une main féroce, il se précipita vers la salle. Le pas raidi par la colère. Cette fois, ce connard de José allait pas s’en tirer, non, l’allait en prendre plein les gencives.
Une courette carrelée, perpétuellement investie par l’ombre, encombrée de caisses, de fûts, de cartons et de bouteilles, séparait la cuisine et les appartements du bistrot situé au bout d’un long boyau qui sentait l’ammoniaque.
Au milieu du corridor, Daniel ralentit sa foulée. Des voix lui parvenaient depuis la salle. Il entendait Brigitte plaisanter de sa voix haut perchée, il entendait José s’esclaffer ; il entendait aussi d’autres voix qu’il reconnaissait, les voix des habitués. Des clients de Brigitte. Il s’arrêta.
Un éclat terne et bleu marquait le bout du corridor qui disparaissait dans un coude. La chair du lapin s’était réchauffée dans la poigne de Daniel. L’odeur de la viande remontait comme une couleuvre le long de son bras, glissait sur son épaule, son cou et pénétrait dans ses narines.
Il resta immobile, à guetter les syllabes et le ton des voix, tandis que le lapin saignait du nez juste à ses pieds.
Le lapin
De ses gros doigts, dont un portait une poupée, Daniel défit maladroitement le nœud qui fermait le sachet en plastique étalé sur l’énorme table de boucherie, large, noire, assise solidement sur des pieds sombres et massifs, couturée par les coups de hachoir et de couteau. Du sachet ouvert, il extrait une chose, à la fois flasque et rigide, enveloppée dans un papier brun qu’il déploya à la manière d’un drap qu’on étend sur un lit.
Un lapin dépiauté roula sur la table.
Une odeur de viande crispée se répandit dans la cuisine.
La bête était mince, rosâtre, avec un museau effilé comme un bec d’oiseau de proie.
Daniel soupira, puis il se mit à palper le corps : les cuisses, les flancs délicats, la structure gracile de la cage thoracique. Les yeux de l’animal éclataient comme des perles hagardes.
“Bordel ! ce salaud d’ José m’a filé un lapin qu’a crevé d’ faim ! Qu’est-ce qu’y veut que j’ foute avec ça ?” se dit-il.
Pas la première fois qu’il faisait le coup, José. Non, pas la première. Si ce salopard n’avait pas déguerpi, il pouvait encore le rattraper, le secouer comme un prunier et lui faire rendre le pognon. Tout de suite-tout de suite, avant que sa colère refroidisse. Parce que dans une semaine, la poche à fiel aurait crevé.
José avait l’habitude de s’attarder dans la salle du bistrot, de vider un verre de blanc triomphant, adossé au radiateur, et de ramener sa gueule sur un tas de sujets qui tournaient autour de ses entourloupettes. “Pas ici, hein... Avec toi, Daniel, j’ suis correct, droit dans mes bottes. Mais certains crétins, j’ les roule dans la farine, je m’ gêne pas beaucoup. Y s’ gêneraient pas, eux !”
Daniel arracha son tablier gris ligné blanc, le jeta sur la table de boucherie et, saisissant au passage le lapin d’une main féroce, il se précipita vers la salle. Le pas raidi par la colère. Cette fois, ce connard de José allait pas s’en tirer, non, l’allait en prendre plein les gencives.
Une courette carrelée, perpétuellement investie par l’ombre, encombrée de caisses, de fûts, de cartons et de bouteilles, séparait la cuisine et les appartements du bistrot situé au bout d’un long boyau qui sentait l’ammoniaque.
Au milieu du corridor, Daniel ralentit sa foulée. Des voix lui parvenaient depuis la salle. Il entendait Brigitte plaisanter de sa voix haut perchée, il entendait José s’esclaffer ; il entendait aussi d’autres voix qu’il reconnaissait, les voix des habitués. Des clients de Brigitte. Il s’arrêta.
Un éclat terne et bleu marquait le bout du corridor qui disparaissait dans un coude. La chair du lapin s’était réchauffée dans la poigne de Daniel. L’odeur de la viande remontait comme une couleuvre le long de son bras, glissait sur son épaule, son cou et pénétrait dans ses narines.
Il resta immobile, à guetter les syllabes et le ton des voix, tandis que le lapin saignait du nez juste à ses pieds.
Un lapin dépiauté roula sur la table.
Une odeur de viande crispée se répandit dans la cuisine.
La bête était mince, rosâtre, avec un museau effilé comme un bec d’oiseau de proie.
Daniel soupira, puis il se mit à palper le corps : les cuisses, les flancs délicats, la structure gracile de la cage thoracique. Les yeux de l’animal éclataient comme des perles hagardes.
“Bordel ! ce salaud d’ José m’a filé un lapin qu’a crevé d’ faim ! Qu’est-ce qu’y veut que j’ foute avec ça ?” se dit-il.
Pas la première fois qu’il faisait le coup, José. Non, pas la première. Si ce salopard n’avait pas déguerpi, il pouvait encore le rattraper, le secouer comme un prunier et lui faire rendre le pognon. Tout de suite-tout de suite, avant que sa colère refroidisse. Parce que dans une semaine, la poche à fiel aurait crevé.
José avait l’habitude de s’attarder dans la salle du bistrot, de vider un verre de blanc triomphant, adossé au radiateur, et de ramener sa gueule sur un tas de sujets qui tournaient autour de ses entourloupettes. “Pas ici, hein... Avec toi, Daniel, j’ suis correct, droit dans mes bottes. Mais certains crétins, j’ les roule dans la farine, je m’ gêne pas beaucoup. Y s’ gêneraient pas, eux !”
Daniel arracha son tablier gris ligné blanc, le jeta sur la table de boucherie et, saisissant au passage le lapin d’une main féroce, il se précipita vers la salle. Le pas raidi par la colère. Cette fois, ce connard de José allait pas s’en tirer, non, l’allait en prendre plein les gencives.
Une courette carrelée, perpétuellement investie par l’ombre, encombrée de caisses, de fûts, de cartons et de bouteilles, séparait la cuisine et les appartements du bistrot situé au bout d’un long boyau qui sentait l’ammoniaque.
Au milieu du corridor, Daniel ralentit sa foulée. Des voix lui parvenaient depuis la salle. Il entendait Brigitte plaisanter de sa voix haut perchée, il entendait José s’esclaffer ; il entendait aussi d’autres voix qu’il reconnaissait, les voix des habitués. Des clients de Brigitte. Il s’arrêta.
Un éclat terne et bleu marquait le bout du corridor qui disparaissait dans un coude. La chair du lapin s’était réchauffée dans la poigne de Daniel. L’odeur de la viande remontait comme une couleuvre le long de son bras, glissait sur son épaule, son cou et pénétrait dans ses narines.
Il resta immobile, à guetter les syllabes et le ton des voix, tandis que le lapin saignait du nez juste à ses pieds.
mercredi 12 mai 2010
Dans la courte nuit éternelle
Ah merde cette neige
Brouille et
Abolit le paysage
La-cè-re les si-
Lhouettes
Une tache de bl-
Eu
Une voix bleuâ-
Tre un œil qui se
Dissout comme du sucre
Et dans le poudroie-
Ment les bruits montent
Sans mourir
Dans la courte nuit éternelle
Ah merde cette neige
Brouille et
Abolit le paysage
La-cè-re les si-
Lhouettes
Une tache de bl-
Eu
Une voix bleuâ-
Tre un œil qui se
Dissout comme du sucre
Et dans le poudroie-
Ment les bruits montent
Sans mourir
vendredi 7 mai 2010
Vases Communicants avec Anna de Sandre
Sur une idée de François Bon, chaque premier vendredi du mois, des écrivains du ouèbe s'invitent les uns chez les autres. Pour ma première participation, j'ai l'honneur de recevoir Anna de Sandre, tenancière émérite de Biffures, où j'irai repeindre les murs pendant son absence.
J'ai du culot. Enfin non, je n'en ai pas. J'ai du culot mais pas pour ça. Pas avec elles. Je ne pourrai pas leur demander ça.
Jules ne sait pas très bien comment trouver une réponse pertinente à la question qui l'absorbe depuis quelques jours, et ça l'assombrit plutôt. Parce qu'il est Jules, parce que tenir sa paume sur la flamme d'un briquet est plus facile, parce qu'il vaut mieux bouffer des vers pour obéir à Matt comme quand il tombe sur toi le jour de sa raclée au poker, parce que les filles sont plus complexes que les théorèmes, plus étranges que des girafes malades, plus connes que la mort, plus... enfin bref ; vaut mieux pas.
Le cours d'histoire est particulièrement long ce matin. Deux heures pas pressées. Pas comme Jules qui se voit descendre un café potable quand la sonnerie donnera le temps de poser ses fesses à l'angle des préfabriqués et de contempler les lézardes dans le mur construit après l'école en se brûlant le bord des lèvres.
C'est un ancien élève qui avait offert de le financer pour remplacer le grillage d'origine. Il avait réussi sa vie le type. Un petit trapu qui fumait des Cohiba et traînait souvent dans le bar où des groupes de gamins sifflaient des bières achetées au Shopi de la rue Monge. Matt disait qu'il les aimait avant quatorze ans avec une poignée de sel, et Jules voyait la grande Maïwenn en débardeur-bermuda et Lucas dans sa chemise à carreaux fétiche, tous les deux ficelés chez le vieux con dans sa cuisine. Un énorme plat en terre cuite sur la table et eux ficelés dedans, enfouis sous des kilos de sel comme le chapon en coque du dernier réveillon.
Dans les fissures du mur, il y a des nids d'araignée, des messages secrets, de la pourriture sûrement et des mondes parallèles dangereux. Hors du commun même ; ou alors non, dans l'ordinaire des rythmes circadiens de leurs habitants minuscules plutôt on va dire, et donc si proche du nôtre... Si on se donne la peine d'entrer en communication avec leurs traducteurs, on apprend à coup sûr qu'ils ont les mêmes emmerdes que chez nous. Pareil, mais sur une surface plus petite. Bon, alors mettons que c 'est pire, ils ont peut-être à souffrir de la promiscuité ; comme les fourmis, mais elles, elles sont organisées. S'ils sont bordéliques comme nous, ça doit bastonner sévère et tout le temps. Jules peut les fixer de longues minutes sans se lasser. Ce sont des fentes qui lui sont familières, presque amicales. Généreuses, même, vu comme elles lui font passer du bon temps avec leur mystère.
Pas comme la fente des filles.
La fente des filles, elle cicatrise à la mernopause. Quand elles sont vieilles tu ne peux plus les baiser, leur trou se bouche. Ça aussi c'est Matt qui le dit. Il raconte parfois des craques pour se moquer mais là, c'est du sérieux. L'information n'est pas vérifiable, la plus vieille du bahut n'a que dix-neuf ans et les enseignantes ne sont pas de vraies femmes, à part mademoiselle Larieu qui donne les cours de gymnastique : les filles de sa classe l'ont vue enfiler deux soutiens-gorge l'un sur l'autre dans les vestiaires pour protéger ses nichons, mais elle, hors de question de lui poser une question sexe. C'est mort. Plutôt faire cent heures de footing et deux mille pompes.
Jules plonge la tête dans ses mains et se concentre sur son cahier où les dates le narguent avec les doigts d'honneur dont il les a affublées. Il en rectifie un sur Marignan mais ça ne l'empêche pas de durcir malgré lui et de transpirer. Son stylo glisse et il le jette avec colère. Le regard de la prof dans le brouhaha intéressé de la classe achève de le mettre dans l'embarras. Et alors quoi bon sang ! Il est le seul à ne pas avoir l'information parce qu'il n'a pas le courage de demander ? Ce sont les pisseux et les bébés qui ne demandent pas. Mais moi, je ne suis pas un pisseux !
La prof se retourne une fois le silence obtenu pour écrire au tableau et tout le monde est occupé à recopier. Même le gros Mattéo fait de son mieux pour avoir une partie du cours sur son cahier. Jules sait que Camille a la réponse.
Elle est assise à côté de lui depuis deux mois à ce cours, et il n'a pas seulement repéré qu'elle ne sera jamais pour lui avec ses airs de bourge : il a également compris qu'elle connaissait plus de choses que les filles de son âge. C'est inscrit dans sa fossette et l'attache fine de ses poignets. Camille, elle est physiquement intelligente. Bon, ça va, j'ai bien vu qu'en plus elle a avalé le dico et des milliards de livres. Camille, elle a la science infuse, des fringues trop cool et un cul de... de reine. Oui c'est ça, quand j'aurai récupéré mon royaume en tuant le félon qui me l'a piqué, j'en ferai ma reine.
Il faut juste que j'ai les pistaches bien accrochées pour le lui dire. Et puis que je trouve l'occase aussi. Pas évident, ça, de trouver le bon moment.
Une mouche est entrée par la fenêtre ouverte et choisit de défroisser ses ailes pendue à une des ampoules du fond. Personne n'a levé le nez. Jules déglutit lourdement et profite de cette concentration inhabituelle pour tourner la tête sur sa voisine de table. « C'est vrai qu'le trou d'ta chatte y va cicatriser à ta mernopause ? » Il a craché ça avec sa bouche dure et malheureuse.
Les filles sont des comédiennes avec du sang glacé dans les veines. Elle n'a pas bougé. Salope, merde. Réponds-moi ! tu m'as très bien entendu. Allez, si elle me répond, j'apprends tous les verbes irréguliers, j'appelle la copine de mon père Maman, cette radasse, je bois un litre de bière sans roter ni pisser, je fais le tour du quartier à poil, je...
« Non, ce n'est pas vrai. »
Sa voisine a sifflé la réponse à travers ses dents fermées en remuant à peine la bouche. Des mois d'entraînement j'en suis sûr. Et ce blond qu'est-ce que ça tue les yeux, et sous les néons c'est pire la vache ! Camille regarde-moi... C'est pas possible Camille il faut que tu me regardes. J'ai besoin de tes yeux sur mon corps d'éléphant raté, de tes rubans débiles qui m'agacent, d'entendre encore ta voix qui vient de sortir juste pour moi et qui me fout un coup de poing dans la poitrine. Frappe-moi si tu veux, défoule ta colère si tu en as une mais occupe-toi de moi bordel de Dieu !
Camille se penche en avant sur le pupitre jusqu'à poser sa nuque dans son coude replié, ce qui lui permet de continuer à écrire en dévisageant son binôme. Elle le fixe avec intérêt et sa bouche lui sourit doucement, un peu comme la nounou quand elle prend sa petite sœur dans les bras. « Attends-moi ce soir au métro. Je te dirai tout ce que tu veux savoir. Mais hé !... hé ! Après, tu me payes un pain aux raisins à la boulangerie. Et quand je l'aurai tout bien mangé, alors seulement j'aurai envie de sortir avec toi. Mais qu'on soit bien d'accord, j'en aurais peut-être juste envie et rien de plus...»
Liste des autres participants :
La cicatrice
J'ai du culot. Enfin non, je n'en ai pas. J'ai du culot mais pas pour ça. Pas avec elles. Je ne pourrai pas leur demander ça.
Jules ne sait pas très bien comment trouver une réponse pertinente à la question qui l'absorbe depuis quelques jours, et ça l'assombrit plutôt. Parce qu'il est Jules, parce que tenir sa paume sur la flamme d'un briquet est plus facile, parce qu'il vaut mieux bouffer des vers pour obéir à Matt comme quand il tombe sur toi le jour de sa raclée au poker, parce que les filles sont plus complexes que les théorèmes, plus étranges que des girafes malades, plus connes que la mort, plus... enfin bref ; vaut mieux pas.
Le cours d'histoire est particulièrement long ce matin. Deux heures pas pressées. Pas comme Jules qui se voit descendre un café potable quand la sonnerie donnera le temps de poser ses fesses à l'angle des préfabriqués et de contempler les lézardes dans le mur construit après l'école en se brûlant le bord des lèvres.
C'est un ancien élève qui avait offert de le financer pour remplacer le grillage d'origine. Il avait réussi sa vie le type. Un petit trapu qui fumait des Cohiba et traînait souvent dans le bar où des groupes de gamins sifflaient des bières achetées au Shopi de la rue Monge. Matt disait qu'il les aimait avant quatorze ans avec une poignée de sel, et Jules voyait la grande Maïwenn en débardeur-bermuda et Lucas dans sa chemise à carreaux fétiche, tous les deux ficelés chez le vieux con dans sa cuisine. Un énorme plat en terre cuite sur la table et eux ficelés dedans, enfouis sous des kilos de sel comme le chapon en coque du dernier réveillon.
Dans les fissures du mur, il y a des nids d'araignée, des messages secrets, de la pourriture sûrement et des mondes parallèles dangereux. Hors du commun même ; ou alors non, dans l'ordinaire des rythmes circadiens de leurs habitants minuscules plutôt on va dire, et donc si proche du nôtre... Si on se donne la peine d'entrer en communication avec leurs traducteurs, on apprend à coup sûr qu'ils ont les mêmes emmerdes que chez nous. Pareil, mais sur une surface plus petite. Bon, alors mettons que c 'est pire, ils ont peut-être à souffrir de la promiscuité ; comme les fourmis, mais elles, elles sont organisées. S'ils sont bordéliques comme nous, ça doit bastonner sévère et tout le temps. Jules peut les fixer de longues minutes sans se lasser. Ce sont des fentes qui lui sont familières, presque amicales. Généreuses, même, vu comme elles lui font passer du bon temps avec leur mystère.
Pas comme la fente des filles.
La fente des filles, elle cicatrise à la mernopause. Quand elles sont vieilles tu ne peux plus les baiser, leur trou se bouche. Ça aussi c'est Matt qui le dit. Il raconte parfois des craques pour se moquer mais là, c'est du sérieux. L'information n'est pas vérifiable, la plus vieille du bahut n'a que dix-neuf ans et les enseignantes ne sont pas de vraies femmes, à part mademoiselle Larieu qui donne les cours de gymnastique : les filles de sa classe l'ont vue enfiler deux soutiens-gorge l'un sur l'autre dans les vestiaires pour protéger ses nichons, mais elle, hors de question de lui poser une question sexe. C'est mort. Plutôt faire cent heures de footing et deux mille pompes.
Jules plonge la tête dans ses mains et se concentre sur son cahier où les dates le narguent avec les doigts d'honneur dont il les a affublées. Il en rectifie un sur Marignan mais ça ne l'empêche pas de durcir malgré lui et de transpirer. Son stylo glisse et il le jette avec colère. Le regard de la prof dans le brouhaha intéressé de la classe achève de le mettre dans l'embarras. Et alors quoi bon sang ! Il est le seul à ne pas avoir l'information parce qu'il n'a pas le courage de demander ? Ce sont les pisseux et les bébés qui ne demandent pas. Mais moi, je ne suis pas un pisseux !
La prof se retourne une fois le silence obtenu pour écrire au tableau et tout le monde est occupé à recopier. Même le gros Mattéo fait de son mieux pour avoir une partie du cours sur son cahier. Jules sait que Camille a la réponse.
Elle est assise à côté de lui depuis deux mois à ce cours, et il n'a pas seulement repéré qu'elle ne sera jamais pour lui avec ses airs de bourge : il a également compris qu'elle connaissait plus de choses que les filles de son âge. C'est inscrit dans sa fossette et l'attache fine de ses poignets. Camille, elle est physiquement intelligente. Bon, ça va, j'ai bien vu qu'en plus elle a avalé le dico et des milliards de livres. Camille, elle a la science infuse, des fringues trop cool et un cul de... de reine. Oui c'est ça, quand j'aurai récupéré mon royaume en tuant le félon qui me l'a piqué, j'en ferai ma reine.
Il faut juste que j'ai les pistaches bien accrochées pour le lui dire. Et puis que je trouve l'occase aussi. Pas évident, ça, de trouver le bon moment.
Une mouche est entrée par la fenêtre ouverte et choisit de défroisser ses ailes pendue à une des ampoules du fond. Personne n'a levé le nez. Jules déglutit lourdement et profite de cette concentration inhabituelle pour tourner la tête sur sa voisine de table. « C'est vrai qu'le trou d'ta chatte y va cicatriser à ta mernopause ? » Il a craché ça avec sa bouche dure et malheureuse.
Les filles sont des comédiennes avec du sang glacé dans les veines. Elle n'a pas bougé. Salope, merde. Réponds-moi ! tu m'as très bien entendu. Allez, si elle me répond, j'apprends tous les verbes irréguliers, j'appelle la copine de mon père Maman, cette radasse, je bois un litre de bière sans roter ni pisser, je fais le tour du quartier à poil, je...
« Non, ce n'est pas vrai. »
Sa voisine a sifflé la réponse à travers ses dents fermées en remuant à peine la bouche. Des mois d'entraînement j'en suis sûr. Et ce blond qu'est-ce que ça tue les yeux, et sous les néons c'est pire la vache ! Camille regarde-moi... C'est pas possible Camille il faut que tu me regardes. J'ai besoin de tes yeux sur mon corps d'éléphant raté, de tes rubans débiles qui m'agacent, d'entendre encore ta voix qui vient de sortir juste pour moi et qui me fout un coup de poing dans la poitrine. Frappe-moi si tu veux, défoule ta colère si tu en as une mais occupe-toi de moi bordel de Dieu !
Camille se penche en avant sur le pupitre jusqu'à poser sa nuque dans son coude replié, ce qui lui permet de continuer à écrire en dévisageant son binôme. Elle le fixe avec intérêt et sa bouche lui sourit doucement, un peu comme la nounou quand elle prend sa petite sœur dans les bras. « Attends-moi ce soir au métro. Je te dirai tout ce que tu veux savoir. Mais hé !... hé ! Après, tu me payes un pain aux raisins à la boulangerie. Et quand je l'aurai tout bien mangé, alors seulement j'aurai envie de sortir avec toi. Mais qu'on soit bien d'accord, j'en aurais peut-être juste envie et rien de plus...»
Anna de Sandre
Liste des autres participants :
Florence Noël & Juliette Zara
Soupirail & Jeanne
Landry Jutier et notes&parses
Ana jardin sauvage et Piero Cohen-Hadria
Soupirail & Jeanne
Landry Jutier et notes&parses
Ana jardin sauvage et Piero Cohen-Hadria
Vases Communicants avec Anna de Sandre
Sur une idée de François Bon, chaque premier vendredi du mois, des écrivains du ouèbe s'invitent les uns chez les autres. Pour ma première participation, j'ai l'honneur de recevoir Anna de Sandre, tenancière émérite de Biffures, où j'irai repeindre les murs pendant son absence.
J'ai du culot. Enfin non, je n'en ai pas. J'ai du culot mais pas pour ça. Pas avec elles. Je ne pourrai pas leur demander ça.
Jules ne sait pas très bien comment trouver une réponse pertinente à la question qui l'absorbe depuis quelques jours, et ça l'assombrit plutôt. Parce qu'il est Jules, parce que tenir sa paume sur la flamme d'un briquet est plus facile, parce qu'il vaut mieux bouffer des vers pour obéir à Matt comme quand il tombe sur toi le jour de sa raclée au poker, parce que les filles sont plus complexes que les théorèmes, plus étranges que des girafes malades, plus connes que la mort, plus... enfin bref ; vaut mieux pas.
Le cours d'histoire est particulièrement long ce matin. Deux heures pas pressées. Pas comme Jules qui se voit descendre un café potable quand la sonnerie donnera le temps de poser ses fesses à l'angle des préfabriqués et de contempler les lézardes dans le mur construit après l'école en se brûlant le bord des lèvres.
C'est un ancien élève qui avait offert de le financer pour remplacer le grillage d'origine. Il avait réussi sa vie le type. Un petit trapu qui fumait des Cohiba et traînait souvent dans le bar où des groupes de gamins sifflaient des bières achetées au Shopi de la rue Monge. Matt disait qu'il les aimait avant quatorze ans avec une poignée de sel, et Jules voyait la grande Maïwenn en débardeur-bermuda et Lucas dans sa chemise à carreaux fétiche, tous les deux ficelés chez le vieux con dans sa cuisine. Un énorme plat en terre cuite sur la table et eux ficelés dedans, enfouis sous des kilos de sel comme le chapon en coque du dernier réveillon.
Dans les fissures du mur, il y a des nids d'araignée, des messages secrets, de la pourriture sûrement et des mondes parallèles dangereux. Hors du commun même ; ou alors non, dans l'ordinaire des rythmes circadiens de leurs habitants minuscules plutôt on va dire, et donc si proche du nôtre... Si on se donne la peine d'entrer en communication avec leurs traducteurs, on apprend à coup sûr qu'ils ont les mêmes emmerdes que chez nous. Pareil, mais sur une surface plus petite. Bon, alors mettons que c 'est pire, ils ont peut-être à souffrir de la promiscuité ; comme les fourmis, mais elles, elles sont organisées. S'ils sont bordéliques comme nous, ça doit bastonner sévère et tout le temps. Jules peut les fixer de longues minutes sans se lasser. Ce sont des fentes qui lui sont familières, presque amicales. Généreuses, même, vu comme elles lui font passer du bon temps avec leur mystère.
Pas comme la fente des filles.
La fente des filles, elle cicatrise à la mernopause. Quand elles sont vieilles tu ne peux plus les baiser, leur trou se bouche. Ça aussi c'est Matt qui le dit. Il raconte parfois des craques pour se moquer mais là, c'est du sérieux. L'information n'est pas vérifiable, la plus vieille du bahut n'a que dix-neuf ans et les enseignantes ne sont pas de vraies femmes, à part mademoiselle Larieu qui donne les cours de gymnastique : les filles de sa classe l'ont vue enfiler deux soutiens-gorge l'un sur l'autre dans les vestiaires pour protéger ses nichons, mais elle, hors de question de lui poser une question sexe. C'est mort. Plutôt faire cent heures de footing et deux mille pompes.
Jules plonge la tête dans ses mains et se concentre sur son cahier où les dates le narguent avec les doigts d'honneur dont il les a affublées. Il en rectifie un sur Marignan mais ça ne l'empêche pas de durcir malgré lui et de transpirer. Son stylo glisse et il le jette avec colère. Le regard de la prof dans le brouhaha intéressé de la classe achève de le mettre dans l'embarras. Et alors quoi bon sang ! Il est le seul à ne pas avoir l'information parce qu'il n'a pas le courage de demander ? Ce sont les pisseux et les bébés qui ne demandent pas. Mais moi, je ne suis pas un pisseux !
La prof se retourne une fois le silence obtenu pour écrire au tableau et tout le monde est occupé à recopier. Même le gros Mattéo fait de son mieux pour avoir une partie du cours sur son cahier. Jules sait que Camille a la réponse.
Elle est assise à côté de lui depuis deux mois à ce cours, et il n'a pas seulement repéré qu'elle ne sera jamais pour lui avec ses airs de bourge : il a également compris qu'elle connaissait plus de choses que les filles de son âge. C'est inscrit dans sa fossette et l'attache fine de ses poignets. Camille, elle est physiquement intelligente. Bon, ça va, j'ai bien vu qu'en plus elle a avalé le dico et des milliards de livres. Camille, elle a la science infuse, des fringues trop cool et un cul de... de reine. Oui c'est ça, quand j'aurai récupéré mon royaume en tuant le félon qui me l'a piqué, j'en ferai ma reine.
Il faut juste que j'ai les pistaches bien accrochées pour le lui dire. Et puis que je trouve l'occase aussi. Pas évident, ça, de trouver le bon moment.
Une mouche est entrée par la fenêtre ouverte et choisit de défroisser ses ailes pendue à une des ampoules du fond. Personne n'a levé le nez. Jules déglutit lourdement et profite de cette concentration inhabituelle pour tourner la tête sur sa voisine de table. « C'est vrai qu'le trou d'ta chatte y va cicatriser à ta mernopause ? » Il a craché ça avec sa bouche dure et malheureuse.
Les filles sont des comédiennes avec du sang glacé dans les veines. Elle n'a pas bougé. Salope, merde. Réponds-moi ! tu m'as très bien entendu. Allez, si elle me répond, j'apprends tous les verbes irréguliers, j'appelle la copine de mon père Maman, cette radasse, je bois un litre de bière sans roter ni pisser, je fais le tour du quartier à poil, je...
« Non, ce n'est pas vrai. »
Sa voisine a sifflé la réponse à travers ses dents fermées en remuant à peine la bouche. Des mois d'entraînement j'en suis sûr. Et ce blond qu'est-ce que ça tue les yeux, et sous les néons c'est pire la vache ! Camille regarde-moi... C'est pas possible Camille il faut que tu me regardes. J'ai besoin de tes yeux sur mon corps d'éléphant raté, de tes rubans débiles qui m'agacent, d'entendre encore ta voix qui vient de sortir juste pour moi et qui me fout un coup de poing dans la poitrine. Frappe-moi si tu veux, défoule ta colère si tu en as une mais occupe-toi de moi bordel de Dieu !
Camille se penche en avant sur le pupitre jusqu'à poser sa nuque dans son coude replié, ce qui lui permet de continuer à écrire en dévisageant son binôme. Elle le fixe avec intérêt et sa bouche lui sourit doucement, un peu comme la nounou quand elle prend sa petite sœur dans les bras. « Attends-moi ce soir au métro. Je te dirai tout ce que tu veux savoir. Mais hé !... hé ! Après, tu me payes un pain aux raisins à la boulangerie. Et quand je l'aurai tout bien mangé, alors seulement j'aurai envie de sortir avec toi. Mais qu'on soit bien d'accord, j'en aurais peut-être juste envie et rien de plus...»
Liste des autres participants :
La cicatrice
J'ai du culot. Enfin non, je n'en ai pas. J'ai du culot mais pas pour ça. Pas avec elles. Je ne pourrai pas leur demander ça.
Jules ne sait pas très bien comment trouver une réponse pertinente à la question qui l'absorbe depuis quelques jours, et ça l'assombrit plutôt. Parce qu'il est Jules, parce que tenir sa paume sur la flamme d'un briquet est plus facile, parce qu'il vaut mieux bouffer des vers pour obéir à Matt comme quand il tombe sur toi le jour de sa raclée au poker, parce que les filles sont plus complexes que les théorèmes, plus étranges que des girafes malades, plus connes que la mort, plus... enfin bref ; vaut mieux pas.
Le cours d'histoire est particulièrement long ce matin. Deux heures pas pressées. Pas comme Jules qui se voit descendre un café potable quand la sonnerie donnera le temps de poser ses fesses à l'angle des préfabriqués et de contempler les lézardes dans le mur construit après l'école en se brûlant le bord des lèvres.
C'est un ancien élève qui avait offert de le financer pour remplacer le grillage d'origine. Il avait réussi sa vie le type. Un petit trapu qui fumait des Cohiba et traînait souvent dans le bar où des groupes de gamins sifflaient des bières achetées au Shopi de la rue Monge. Matt disait qu'il les aimait avant quatorze ans avec une poignée de sel, et Jules voyait la grande Maïwenn en débardeur-bermuda et Lucas dans sa chemise à carreaux fétiche, tous les deux ficelés chez le vieux con dans sa cuisine. Un énorme plat en terre cuite sur la table et eux ficelés dedans, enfouis sous des kilos de sel comme le chapon en coque du dernier réveillon.
Dans les fissures du mur, il y a des nids d'araignée, des messages secrets, de la pourriture sûrement et des mondes parallèles dangereux. Hors du commun même ; ou alors non, dans l'ordinaire des rythmes circadiens de leurs habitants minuscules plutôt on va dire, et donc si proche du nôtre... Si on se donne la peine d'entrer en communication avec leurs traducteurs, on apprend à coup sûr qu'ils ont les mêmes emmerdes que chez nous. Pareil, mais sur une surface plus petite. Bon, alors mettons que c 'est pire, ils ont peut-être à souffrir de la promiscuité ; comme les fourmis, mais elles, elles sont organisées. S'ils sont bordéliques comme nous, ça doit bastonner sévère et tout le temps. Jules peut les fixer de longues minutes sans se lasser. Ce sont des fentes qui lui sont familières, presque amicales. Généreuses, même, vu comme elles lui font passer du bon temps avec leur mystère.
Pas comme la fente des filles.
La fente des filles, elle cicatrise à la mernopause. Quand elles sont vieilles tu ne peux plus les baiser, leur trou se bouche. Ça aussi c'est Matt qui le dit. Il raconte parfois des craques pour se moquer mais là, c'est du sérieux. L'information n'est pas vérifiable, la plus vieille du bahut n'a que dix-neuf ans et les enseignantes ne sont pas de vraies femmes, à part mademoiselle Larieu qui donne les cours de gymnastique : les filles de sa classe l'ont vue enfiler deux soutiens-gorge l'un sur l'autre dans les vestiaires pour protéger ses nichons, mais elle, hors de question de lui poser une question sexe. C'est mort. Plutôt faire cent heures de footing et deux mille pompes.
Jules plonge la tête dans ses mains et se concentre sur son cahier où les dates le narguent avec les doigts d'honneur dont il les a affublées. Il en rectifie un sur Marignan mais ça ne l'empêche pas de durcir malgré lui et de transpirer. Son stylo glisse et il le jette avec colère. Le regard de la prof dans le brouhaha intéressé de la classe achève de le mettre dans l'embarras. Et alors quoi bon sang ! Il est le seul à ne pas avoir l'information parce qu'il n'a pas le courage de demander ? Ce sont les pisseux et les bébés qui ne demandent pas. Mais moi, je ne suis pas un pisseux !
La prof se retourne une fois le silence obtenu pour écrire au tableau et tout le monde est occupé à recopier. Même le gros Mattéo fait de son mieux pour avoir une partie du cours sur son cahier. Jules sait que Camille a la réponse.
Elle est assise à côté de lui depuis deux mois à ce cours, et il n'a pas seulement repéré qu'elle ne sera jamais pour lui avec ses airs de bourge : il a également compris qu'elle connaissait plus de choses que les filles de son âge. C'est inscrit dans sa fossette et l'attache fine de ses poignets. Camille, elle est physiquement intelligente. Bon, ça va, j'ai bien vu qu'en plus elle a avalé le dico et des milliards de livres. Camille, elle a la science infuse, des fringues trop cool et un cul de... de reine. Oui c'est ça, quand j'aurai récupéré mon royaume en tuant le félon qui me l'a piqué, j'en ferai ma reine.
Il faut juste que j'ai les pistaches bien accrochées pour le lui dire. Et puis que je trouve l'occase aussi. Pas évident, ça, de trouver le bon moment.
Une mouche est entrée par la fenêtre ouverte et choisit de défroisser ses ailes pendue à une des ampoules du fond. Personne n'a levé le nez. Jules déglutit lourdement et profite de cette concentration inhabituelle pour tourner la tête sur sa voisine de table. « C'est vrai qu'le trou d'ta chatte y va cicatriser à ta mernopause ? » Il a craché ça avec sa bouche dure et malheureuse.
Les filles sont des comédiennes avec du sang glacé dans les veines. Elle n'a pas bougé. Salope, merde. Réponds-moi ! tu m'as très bien entendu. Allez, si elle me répond, j'apprends tous les verbes irréguliers, j'appelle la copine de mon père Maman, cette radasse, je bois un litre de bière sans roter ni pisser, je fais le tour du quartier à poil, je...
« Non, ce n'est pas vrai. »
Sa voisine a sifflé la réponse à travers ses dents fermées en remuant à peine la bouche. Des mois d'entraînement j'en suis sûr. Et ce blond qu'est-ce que ça tue les yeux, et sous les néons c'est pire la vache ! Camille regarde-moi... C'est pas possible Camille il faut que tu me regardes. J'ai besoin de tes yeux sur mon corps d'éléphant raté, de tes rubans débiles qui m'agacent, d'entendre encore ta voix qui vient de sortir juste pour moi et qui me fout un coup de poing dans la poitrine. Frappe-moi si tu veux, défoule ta colère si tu en as une mais occupe-toi de moi bordel de Dieu !
Camille se penche en avant sur le pupitre jusqu'à poser sa nuque dans son coude replié, ce qui lui permet de continuer à écrire en dévisageant son binôme. Elle le fixe avec intérêt et sa bouche lui sourit doucement, un peu comme la nounou quand elle prend sa petite sœur dans les bras. « Attends-moi ce soir au métro. Je te dirai tout ce que tu veux savoir. Mais hé !... hé ! Après, tu me payes un pain aux raisins à la boulangerie. Et quand je l'aurai tout bien mangé, alors seulement j'aurai envie de sortir avec toi. Mais qu'on soit bien d'accord, j'en aurais peut-être juste envie et rien de plus...»
Anna de Sandre
Liste des autres participants :
Florence Noël & Juliette Zara
Soupirail & Jeanne
Landry Jutier et notes&parses
Ana jardin sauvage et Piero Cohen-Hadria
Soupirail & Jeanne
Landry Jutier et notes&parses
Ana jardin sauvage et Piero Cohen-Hadria
mercredi 5 mai 2010
Un homme à femmes
Marié deux
Fois
Jamais sa-
Tisfait ja-
Mais sans
Cesse obsé-
Dé par d’autres
Pensées
Il transpirait en
Evoquant telle
Grognasse qui
Lui avait accroché
L’œil
Il en parlait
Avec la salive à
La bouche
Un regard d’a-
Nimal amusé
Il en oubliait
Que sa dernière con-
Quête
Se tortillait près de
Lui
Qui pour reprendre
Haleine
S’envoyait un verre de vin
Noir
Fois
Jamais sa-
Tisfait ja-
Mais sans
Cesse obsé-
Dé par d’autres
Pensées
Il transpirait en
Evoquant telle
Grognasse qui
Lui avait accroché
L’œil
Il en parlait
Avec la salive à
La bouche
Un regard d’a-
Nimal amusé
Il en oubliait
Que sa dernière con-
Quête
Se tortillait près de
Lui
Qui pour reprendre
Haleine
S’envoyait un verre de vin
Noir
Un homme à femmes
Marié deux
Fois
Jamais sa-
Tisfait ja-
Mais sans
Cesse obsé-
Dé par d’autres
Pensées
Il transpirait en
Evoquant telle
Grognasse qui
Lui avait accroché
L’œil
Il en parlait
Avec la salive à
La bouche
Un regard d’a-
Nimal amusé
Il en oubliait
Que sa dernière con-
Quête
Se tortillait près de
Lui
Qui pour reprendre
Haleine
S’envoyait un verre de vin
Noir
Fois
Jamais sa-
Tisfait ja-
Mais sans
Cesse obsé-
Dé par d’autres
Pensées
Il transpirait en
Evoquant telle
Grognasse qui
Lui avait accroché
L’œil
Il en parlait
Avec la salive à
La bouche
Un regard d’a-
Nimal amusé
Il en oubliait
Que sa dernière con-
Quête
Se tortillait près de
Lui
Qui pour reprendre
Haleine
S’envoyait un verre de vin
Noir
samedi 1 mai 2010
Je n'ai pas dormi pendant l'heure de la sieste
Le pied à peine
Posé sur la
Terrasse le soleil
M’a planté ses
Fourchettes dans les
Yeux
Je suis resté
Sans respirer une
Seconde
Puis le souffle
M’est revenu
Et j’ai senti
Le décor
S’ouvrir comme
Une main
Par-delà les
Chemises pendues
Dans la chaleur saisie
Par-
Delà l’horizon
A chaque ins-
Piration
Les fourchettes
S’enfonçaient davantage
Fouillant les
Orbites jusqu’au
Noyau
Fallait tenir
Sais pas pourquoi
Mais fallait
Tenir te-nir
L’horizon brûlait
Sans fumée
En tremblant
Et doucement très
Doucement les grilles
Tombaient
Sur mes yeux
Se refermaient sur
Le silence
Sur une obscurité
Pullulante
Me suis réfugié
Dans la maison
Où la pénombre
Prend à la
Gorge
Et assèche
La voix
J’ai voulu ne plus
Penser à rien
Posé sur la
Terrasse le soleil
M’a planté ses
Fourchettes dans les
Yeux
Je suis resté
Sans respirer une
Seconde
Puis le souffle
M’est revenu
Et j’ai senti
Le décor
S’ouvrir comme
Une main
Par-delà les
Chemises pendues
Dans la chaleur saisie
Par-
Delà l’horizon
A chaque ins-
Piration
Les fourchettes
S’enfonçaient davantage
Fouillant les
Orbites jusqu’au
Noyau
Fallait tenir
Sais pas pourquoi
Mais fallait
Tenir te-nir
L’horizon brûlait
Sans fumée
En tremblant
Et doucement très
Doucement les grilles
Tombaient
Sur mes yeux
Se refermaient sur
Le silence
Sur une obscurité
Pullulante
Me suis réfugié
Dans la maison
Où la pénombre
Prend à la
Gorge
Et assèche
La voix
J’ai voulu ne plus
Penser à rien
Je n'ai pas dormi pendant l'heure de la sieste
Le pied à peine
Posé sur la
Terrasse le soleil
M’a planté ses
Fourchettes dans les
Yeux
Je suis resté
Sans respirer une
Seconde
Puis le souffle
M’est revenu
Et j’ai senti
Le décor
S’ouvrir comme
Une main
Par-delà les
Chemises pendues
Dans la chaleur saisie
Par-
Delà l’horizon
A chaque ins-
Piration
Les fourchettes
S’enfonçaient davantage
Fouillant les
Orbites jusqu’au
Noyau
Fallait tenir
Sais pas pourquoi
Mais fallait
Tenir te-nir
L’horizon brûlait
Sans fumée
En tremblant
Et doucement très
Doucement les grilles
Tombaient
Sur mes yeux
Se refermaient sur
Le silence
Sur une obscurité
Pullulante
Me suis réfugié
Dans la maison
Où la pénombre
Prend à la
Gorge
Et assèche
La voix
J’ai voulu ne plus
Penser à rien
Posé sur la
Terrasse le soleil
M’a planté ses
Fourchettes dans les
Yeux
Je suis resté
Sans respirer une
Seconde
Puis le souffle
M’est revenu
Et j’ai senti
Le décor
S’ouvrir comme
Une main
Par-delà les
Chemises pendues
Dans la chaleur saisie
Par-
Delà l’horizon
A chaque ins-
Piration
Les fourchettes
S’enfonçaient davantage
Fouillant les
Orbites jusqu’au
Noyau
Fallait tenir
Sais pas pourquoi
Mais fallait
Tenir te-nir
L’horizon brûlait
Sans fumée
En tremblant
Et doucement très
Doucement les grilles
Tombaient
Sur mes yeux
Se refermaient sur
Le silence
Sur une obscurité
Pullulante
Me suis réfugié
Dans la maison
Où la pénombre
Prend à la
Gorge
Et assèche
La voix
J’ai voulu ne plus
Penser à rien
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