samedi 29 janvier 2011

La terrasse

Sous le vent descen-
Du des collines les
Draps battaient comme
Des paupières
Les ombres des nuages
Vastes couraient
Sur la plaine au loin
Et la femme portait son
Regard sur les ronces le long
Des bordures calcinées

Elle avait sommeillé
Rêvé noir les bras
Repliés sur son
Visage en fatigue
Elle avait écarté les
Songes et remâché
L’après-midi d’étuve
Sec comme un
Os

Pour dissiper la
Salive amère une
Orange fripée
Avait suffi une o-
Range dont la chair
Lui emplissait encore
La bouche

Dans sa robe de
Toile ocre sable
Elle se balançait avec
Le vent frappée
Par les ailes des draps
Et elle souriait d’un
Sourire teinté
Par la nicotine

La terrasse

Sous le vent descen-
Du des collines les
Draps battaient comme
Des paupières
Les ombres des nuages
Vastes couraient
Sur la plaine au loin
Et la femme portait son
Regard sur les ronces le long
Des bordures calcinées

Elle avait sommeillé
Rêvé noir les bras
Repliés sur son
Visage en fatigue
Elle avait écarté les
Songes et remâché
L’après-midi d’étuve
Sec comme un
Os

Pour dissiper la
Salive amère une
Orange fripée
Avait suffi une o-
Range dont la chair
Lui emplissait encore
La bouche

Dans sa robe de
Toile ocre sable
Elle se balançait avec
Le vent frappée
Par les ailes des draps
Et elle souriait d’un
Sourire teinté
Par la nicotine

dimanche 23 janvier 2011

Mâchures

Dans le matin
Palpi-
Tant
Sous un soleil
Définitif
Parmi les ombres
Longues
Des arbres in-
Clinés
Il s’était senti
Denrée péri-
Ssable
Poignée de
Chair
Gorgée de
Soufre
Bouchée de
Pulpe morte

Et il avait
Serré les pau-
Pières
Pour contenir
Un grincement

Mâchures

Dans le matin
Palpi-
Tant
Sous un soleil
Définitif
Parmi les ombres
Longues
Des arbres in-
Clinés
Il s’était senti
Denrée péri-
Ssable
Poignée de
Chair
Gorgée de
Soufre
Bouchée de
Pulpe morte

Et il avait
Serré les pau-
Pières
Pour contenir
Un grincement

vendredi 14 janvier 2011

Ripple-marks

Un trait lumineux
Avait posé sur sa rétine
Un fantôme
Que même la nuit
Ne parviendrait pas à
Dissiper

Sur le plafond
Un fleuve courait
Du coin le plus sombre
De la pièce
Jusqu’à la lisière
Des fins rideaux fermés
Qui laissaient deviner
Un soleil verdâtre
Et les frémis-
Sements des frondaisons
Des arbres du séminaire
Grouillants de froufroutis
Et de cris écaillés

Dans le silence af-
Folé l’homme cher-
Chait le sommeil
L’apaisement
Creusait sa respi-
Ration
Mais se heurtait au
Gribouillis de ses
Rumeurs
Et il marmonna :

"Oiseaux de merde..."
Avant de se retour-
Ner encore
Sur les draps chiffonnés

Ripple-marks

Un trait lumineux
Avait posé sur sa rétine
Un fantôme
Que même la nuit
Ne parviendrait pas à
Dissiper

Sur le plafond
Un fleuve courait
Du coin le plus sombre
De la pièce
Jusqu’à la lisière
Des fins rideaux fermés
Qui laissaient deviner
Un soleil verdâtre
Et les frémis-
Sements des frondaisons
Des arbres du séminaire
Grouillants de froufroutis
Et de cris écaillés

Dans le silence af-
Folé l’homme cher-
Chait le sommeil
L’apaisement
Creusait sa respi-
Ration
Mais se heurtait au
Gribouillis de ses
Rumeurs
Et il marmonna :

"Oiseaux de merde..."
Avant de se retour-
Ner encore
Sur les draps chiffonnés

vendredi 7 janvier 2011

Vase communicant avec Frédérique Martin

Sur une idée de François Bon, chaque premier vendredi du mois, des écrivains de la toile s'invitent les uns chez les autres. Aujourd'hui, je reçois Frédérique Martin dans ma modeste commode, tandis que j'irai me vautrer chez elle.
 
* Bouge pas *

Nadège secouait ses sandales vernies au tempo d’un air imaginaire. Dehors, le ciel s’assombrissait rapidement, quelques gouttes frappèrent en vain aux carreaux. Même si elle ne savait pas lire l’heure, Nadège savait qu’il était trop tard. Elle s’était assise quand la petite aiguille était en haut, elle avait attendu jusqu’à ce qu’elle soit tout en bas. C’est long, se dit-elle.

Le salon perdait l’éclat du jour dans une lutte muette. L’ombre étouffait les coins, aspirait les murs et fondait les meubles en magma. Nadège se rongea l’ongle du pouce malgré l’âcreté du mavala. Son ventre gronda de faim quand elle s’attaqua aux petites peaux de ses doigts à vif. Elle ne bougeait pas, de peur de froisser sa robe de princesse et aussi parce que : « Tu m’attends, je reviens. Bouge pas, j’en ai pour quelques minutes. Juste une course et je t’emmène à ce foutu anniversaire ». Nadège avait pincé la bouche – sa mère disait trop de foutus gros mots.

Elle soupira, souleva sa fesse gauche qui s’engourdissait. Depuis combien de temps avait-elle envie ? Elle se retenait de toutes ses forces, attentive à ne pas laisser échapper une goutte, ou elle allait sacrément le regretter. C’était fichu pour l’anniversaire d’Eléonore. Tout le monde y était allé, tout le monde en était revenu. Sûr et certain. Pour se distraire, Nadège se pinça le cou aussi fort que possible. Pleure, tu pisseras moins.

Elles avaient pourtant trouvé un joli cadeau, un porte-monnaie en perles, acheté au marché de Noël. C’est sa mère qui l’avait repéré : « C’est trop chou. Si on le prenait pour Eléonore ? ». Nadège avait souri de plaisir, surprise et même gênée. En rentrant, elles avaient empaqueté le cadeau et bouclé de la laine en guise de ruban. La robe de Nadège avait été lavée et repassée, ses cheveux remontés en deux couettes hautes, son visage nettoyé au mustela. Tout était parfait. Alors pourquoi était-elle restée plantée là, sur ce fauteuil, tout l’après-midi ? Surtout qu’elle le savait ; dès qu’elle l’avait vue sortir, elle avait compris que c’était fichu. Pourtant, même maintenant que la nuit craquelait d’aise, elle ne pouvait s’empêcher d’attendre.

Des fois, c’était bien quand même. Comme le jour du marché de Noël ou celui des boucles d’oreilles. Elles s’étaient rendues chez le bijoutier pour qu’il perce celles de Nadège. Elle n’avait pas pleuré. T’es sacrément courageuse, ma petite, viens on va faire la nouba ! Elles avaient mangé dans une crêperie. Nadège avait bu du cidre en cachette, sa mère surveillait que les serveuses ne les regardent pas – ces foutues garces – et elles avaient ri autant l’une que l’autre. Le cidre c’est bon, avait dit Nadège. T’es bien la fille de ta mère toi. Oh oui ! alors, avait pensé Nadège. C’était chouette, non ?

Quand la porte s’ouvrit à la volée, Nadège se mit à respirer par petits coups secs et rapides. Elle entendit sa mère tâtonner dans le noir pour allumer la lumière. Elles plissèrent toutes les deux leurs yeux sous l’éclairage cru. « Ah t’es là ? T’es pas allée chez… chez l’autre, là ? ». Nadège ne pouvait plus se retenir. « Ben quoi, qu’est ce qu’il y a ? T’en tires une tronche. Putain, y a pas d’ambiance, ici ! ». Sa mère riait, appuyée contre le mur, la tête rejetée en arrière.

Nadège se mit à cligner des paupières de plus en plus vite. Pour l’anniversaire manqué, pour l’interminable attente qui basculait sans surprise. Parce qu’elle l’avait trempé ce foutu fauteuil et que les marques bleues sous sa robe n’auraient pas eu le temps de jaunir cette fois.
 
Frédérique Martin


Les autres participants sont : 

Murièle Laborde-Modély http://l-oeil-bande.blogspot.com/ et Jean Prod'homhttp://www.lesmarges.net/
Jérémie Szpirglas http://inacheve.net/ et Franck Queyraudhttp://flaneriequotidienne.wordpress.com/
Piero Cohen-Hadria http://www.pendantleweekend.net/ et (Monsieuye Am Lepiqhttp://barbotages.blogspot.com/) correction vendredi matin : et Jean Barbaut http://barbotages.blogspot.com/
Marie-Hélène Voyer http://metachroniques.blogspot.com/ et Pierre Ménardhttp://www.liminaire.fr/
Isabelle Pariente-Butterlin http://yzabel2046.blogspot.com/ et Xavier Fisselierhttp://xavierfisselier.wordpress.com/
Christine Leininger http://les-embrasses.blogspot.com/ et Jean-Marc Undrienerhttp://entrenoir.blogspot.com/
Lambert Savigneux http://aloredelam.com/ et Lambert Savigneux (ben oui)http://regardorion.wordpress.com/
Catherine Désormière http://desormiere.blog.lemonde.fr/ et Dominique Hasselmann http://dh68.wordpress.com/
et
sur twitter et en 9 twits chacune, Claude Favre @angkhistrophon et Maryse Hache @marysehache  (elles ont choisi de publier  les deux textes chez celle qui a un blog : Maryse Hache http://www.semenoir.typepad.fr/)



Vase communicant avec Frédérique Martin

Sur une idée de François Bon, chaque premier vendredi du mois, des écrivains de la toile s'invitent les uns chez les autres. Aujourd'hui, je reçois Frédérique Martin dans ma modeste commode, tandis que j'irai me vautrer chez elle.
 
* Bouge pas *

Nadège secouait ses sandales vernies au tempo d’un air imaginaire. Dehors, le ciel s’assombrissait rapidement, quelques gouttes frappèrent en vain aux carreaux. Même si elle ne savait pas lire l’heure, Nadège savait qu’il était trop tard. Elle s’était assise quand la petite aiguille était en haut, elle avait attendu jusqu’à ce qu’elle soit tout en bas. C’est long, se dit-elle.

Le salon perdait l’éclat du jour dans une lutte muette. L’ombre étouffait les coins, aspirait les murs et fondait les meubles en magma. Nadège se rongea l’ongle du pouce malgré l’âcreté du mavala. Son ventre gronda de faim quand elle s’attaqua aux petites peaux de ses doigts à vif. Elle ne bougeait pas, de peur de froisser sa robe de princesse et aussi parce que : « Tu m’attends, je reviens. Bouge pas, j’en ai pour quelques minutes. Juste une course et je t’emmène à ce foutu anniversaire ». Nadège avait pincé la bouche – sa mère disait trop de foutus gros mots.

Elle soupira, souleva sa fesse gauche qui s’engourdissait. Depuis combien de temps avait-elle envie ? Elle se retenait de toutes ses forces, attentive à ne pas laisser échapper une goutte, ou elle allait sacrément le regretter. C’était fichu pour l’anniversaire d’Eléonore. Tout le monde y était allé, tout le monde en était revenu. Sûr et certain. Pour se distraire, Nadège se pinça le cou aussi fort que possible. Pleure, tu pisseras moins.

Elles avaient pourtant trouvé un joli cadeau, un porte-monnaie en perles, acheté au marché de Noël. C’est sa mère qui l’avait repéré : « C’est trop chou. Si on le prenait pour Eléonore ? ». Nadège avait souri de plaisir, surprise et même gênée. En rentrant, elles avaient empaqueté le cadeau et bouclé de la laine en guise de ruban. La robe de Nadège avait été lavée et repassée, ses cheveux remontés en deux couettes hautes, son visage nettoyé au mustela. Tout était parfait. Alors pourquoi était-elle restée plantée là, sur ce fauteuil, tout l’après-midi ? Surtout qu’elle le savait ; dès qu’elle l’avait vue sortir, elle avait compris que c’était fichu. Pourtant, même maintenant que la nuit craquelait d’aise, elle ne pouvait s’empêcher d’attendre.

Des fois, c’était bien quand même. Comme le jour du marché de Noël ou celui des boucles d’oreilles. Elles s’étaient rendues chez le bijoutier pour qu’il perce celles de Nadège. Elle n’avait pas pleuré. T’es sacrément courageuse, ma petite, viens on va faire la nouba ! Elles avaient mangé dans une crêperie. Nadège avait bu du cidre en cachette, sa mère surveillait que les serveuses ne les regardent pas – ces foutues garces – et elles avaient ri autant l’une que l’autre. Le cidre c’est bon, avait dit Nadège. T’es bien la fille de ta mère toi. Oh oui ! alors, avait pensé Nadège. C’était chouette, non ?

Quand la porte s’ouvrit à la volée, Nadège se mit à respirer par petits coups secs et rapides. Elle entendit sa mère tâtonner dans le noir pour allumer la lumière. Elles plissèrent toutes les deux leurs yeux sous l’éclairage cru. « Ah t’es là ? T’es pas allée chez… chez l’autre, là ? ». Nadège ne pouvait plus se retenir. « Ben quoi, qu’est ce qu’il y a ? T’en tires une tronche. Putain, y a pas d’ambiance, ici ! ». Sa mère riait, appuyée contre le mur, la tête rejetée en arrière.

Nadège se mit à cligner des paupières de plus en plus vite. Pour l’anniversaire manqué, pour l’interminable attente qui basculait sans surprise. Parce qu’elle l’avait trempé ce foutu fauteuil et que les marques bleues sous sa robe n’auraient pas eu le temps de jaunir cette fois.
 
Frédérique Martin


Les autres participants sont : 

Murièle Laborde-Modély http://l-oeil-bande.blogspot.com/ et Jean Prod'homhttp://www.lesmarges.net/
Jérémie Szpirglas http://inacheve.net/ et Franck Queyraudhttp://flaneriequotidienne.wordpress.com/
Piero Cohen-Hadria http://www.pendantleweekend.net/ et (Monsieuye Am Lepiqhttp://barbotages.blogspot.com/) correction vendredi matin : et Jean Barbaut http://barbotages.blogspot.com/
Marie-Hélène Voyer http://metachroniques.blogspot.com/ et Pierre Ménardhttp://www.liminaire.fr/
Isabelle Pariente-Butterlin http://yzabel2046.blogspot.com/ et Xavier Fisselierhttp://xavierfisselier.wordpress.com/
Christine Leininger http://les-embrasses.blogspot.com/ et Jean-Marc Undrienerhttp://entrenoir.blogspot.com/
Lambert Savigneux http://aloredelam.com/ et Lambert Savigneux (ben oui)http://regardorion.wordpress.com/
Catherine Désormière http://desormiere.blog.lemonde.fr/ et Dominique Hasselmann http://dh68.wordpress.com/
et
sur twitter et en 9 twits chacune, Claude Favre @angkhistrophon et Maryse Hache @marysehache  (elles ont choisi de publier  les deux textes chez celle qui a un blog : Maryse Hache http://www.semenoir.typepad.fr/)