lundi 30 mai 2011

Un petit vent frais

Il avait cru mou-
Rir
Ce jour
Où même les oiseaux
Etaient en gelée
Dans le bleu dense
Et que le citronnier
Las faisait la
Gueule
Dans la purée
D’air
Qui enrobait len-
Tement
Son corps

Il était en sirop
Dans ses pantalons
De toile kaki
A écouter l’autre
Dé-bi-ter ses humeurs
De merde ses goûts de
Merde ses phrases de mer-
De
D’une voix qui sonnait juste

Puis entre deux
Syllabes il a soudain
Senti
Un peu de fraîcheur
Passer comme un vol
De mouche

Un petit vent frais

Il avait cru mou-
Rir
Ce jour
Où même les oiseaux
Etaient en gelée
Dans le bleu dense
Et que le citronnier
Las faisait la
Gueule
Dans la purée
D’air
Qui enrobait len-
Tement
Son corps

Il était en sirop
Dans ses pantalons
De toile kaki
A écouter l’autre
Dé-bi-ter ses humeurs
De merde ses goûts de
Merde ses phrases de mer-
De
D’une voix qui sonnait juste

Puis entre deux
Syllabes il a soudain
Senti
Un peu de fraîcheur
Passer comme un vol
De mouche

mercredi 25 mai 2011

L'Orangeraie

Il avait mastiqué
Des jardins arraché
A l’aide de ses dents
Franches des pelures
D’orange
Et semé à ses pieds
Des pépins encore
Luisants
Comme enduits de graisse

Il attendait que
La nuit se pose
Et révèle enfin
Ce que les lumières
Dissimulaient dans les
Plis et leurs contrastes

Le corps arc-bouté
La bouche tendue
Sur une grimace
D’espoir et de résignation
Il patientait voyait
Le jour s’abaisser
Et mourir dans les branches
Du jardin d’agrumes
Et il sentait une bête
S’enrouler autour de
Ses hanches
Puis grimper pour
S’agripper de ses doigts
Minces
A la racine de sa gorge

L'Orangeraie

Il avait mastiqué
Des jardins arraché
A l’aide de ses dents
Franches des pelures
D’orange
Et semé à ses pieds
Des pépins encore
Luisants
Comme enduits de graisse

Il attendait que
La nuit se pose
Et révèle enfin
Ce que les lumières
Dissimulaient dans les
Plis et leurs contrastes

Le corps arc-bouté
La bouche tendue
Sur une grimace
D’espoir et de résignation
Il patientait voyait
Le jour s’abaisser
Et mourir dans les branches
Du jardin d’agrumes
Et il sentait une bête
S’enrouler autour de
Ses hanches
Puis grimper pour
S’agripper de ses doigts
Minces
A la racine de sa gorge

lundi 23 mai 2011

A contre-jour

Elle s’était penchée
A la fenêtre
Pour sourire aux
Plantes grasses accro-
Chées au-dessus
Du vide

Elle palpait les
Feuilles épaisses les
Caressait les ef-
Fleurait en
Fermant les paupières
A demi comme
Enivrée

Sa tête se balançait
Au rythme d’une
Chanson qu’elle
Bourdonnait entre
Ses dents droites
Serrées
Et ses épaules
Accentuaient le mou-
Vement
En rondeurs éblouissantes
Qui semblaient effacer
La silhouette à la craie
Tout en bas

A contre-jour

Elle s’était penchée
A la fenêtre
Pour sourire aux
Plantes grasses accro-
Chées au-dessus
Du vide

Elle palpait les
Feuilles épaisses les
Caressait les ef-
Fleurait en
Fermant les paupières
A demi comme
Enivrée

Sa tête se balançait
Au rythme d’une
Chanson qu’elle
Bourdonnait entre
Ses dents droites
Serrées
Et ses épaules
Accentuaient le mou-
Vement
En rondeurs éblouissantes
Qui semblaient effacer
La silhouette à la craie
Tout en bas

jeudi 19 mai 2011

Avant de tomber

Contre le ciel gris bleu
Les lauriers-roses frémissent si
Peu

D’un pas étiré par la
Nonchalance
Des hommes et des
Femmes montent
De la plage luisants de
Crème solaire et de
Sueur

Ils ont l’air de rire
Ils ont l’air d’être là

Les regarde passer
Planqué dans ma bagnole
A l’ombre des arbres qui
Puent le pipi de chat

Du proche Luna-Park parviennent
Les battements obtus
De la musique qui entame à
Peine le décor apaisé

Je voudrais voir la
Lune se lever tranquille
Au-dessus des toits plats
Et des murs
Ocre rose

Puis dormir d’un sommeil infini

Avant de tomber

Contre le ciel gris bleu
Les lauriers-roses frémissent si
Peu

D’un pas étiré par la
Nonchalance
Des hommes et des
Femmes montent
De la plage luisants de
Crème solaire et de
Sueur

Ils ont l’air de rire
Ils ont l’air d’être là

Les regarde passer
Planqué dans ma bagnole
A l’ombre des arbres qui
Puent le pipi de chat

Du proche Luna-Park parviennent
Les battements obtus
De la musique qui entame à
Peine le décor apaisé

Je voudrais voir la
Lune se lever tranquille
Au-dessus des toits plats
Et des murs
Ocre rose

Puis dormir d’un sommeil infini

lundi 16 mai 2011

Les fourmis

Arthur avait d’abord agité les jambes pour se distraire.
Ensuite, il avait regardé ses jambes s’agiter. Et il avait fini par s’ennuyer. Alors, il s’était mis à examiner le décor autour de lui. La véranda dans laquelle il se trouvait : le plafond traversé par de longues fissures, le lampadaire couturé de chiures de mouches, les murs crème, les vasques de plantes affalées le long du mur ; puis ses yeux avaient balayé la cour aux grands carreaux rouges, la porte de la remise aux vitres fendues, le tas de bois pour l’hiver, la porte du garage désormais vide, le grillage de l’entrée, la poignée d’arbres fruitiers dans leur carré de terre, le mur mitoyen qui soutenait deux orangers... Et entre les orangers, il avait aperçu une sorte de trait vague et sinueux grouiller sur la blancheur éblouissante du lait de chaux. 


D’un petit coup de reins, il avait quitté le siège en plastique vert sur lequel on lui avait demandé d’attendre. 
“Reste assis là, on a des discussions de grands. Sois sage. Tu as soif ?” avait dit sa mère en lui apportant un verre de limonade. Il n’aimait pas la limonade. David aimait la limonade. Il en raffolait mais, lui, Arthur, il ne l’avait jamais aimée. Il secoua la tête pour dire qu’il n’en voulait pas. Qu’il n’en boirait jamais.
Sa gorge était sèche mais il ne boirait pas une goutte de limonade. D’ailleurs, il ne voulait plus boire. Il s’arrêterait de boire jusqu’à la fin du monde. Même pour atténuer la force de la poigne en fer qui lui écrasait l’œsophage.
“Tu es sûr que tu n’as pas soif ? Sûr et certain ? Il a fait chaud à mourir aujourd’hui...”
Arthur leva les yeux sur sa mère puis il marmonna que, non, il n’avait pas soif.
Elle l’avait fixé de ses yeux rougis, esquissé un geste pour lui toucher la joue mais elle s’était figée à mi-chemin avant de se redresser et de rentrer dans la maison en disant que s’il changeait d’avis, il n’avait qu’à demander.
Mais il n’avait rien demandé.

             
Maintenant, il faisait un pas timoré vers la cour, l’oreille aux aguets. A l’intérieur, ça continuait de bavarder. Un murmure franchissait à peine le rideau de perles sombres.
Il quitta l’ombre de la véranda.
D’un seul coup de langue, le soleil enveloppa son visage. Son costume lui parut soudain cousu sur sa peau. Il eut une grande inspiration. Une chaleur fade emplit ses poumons. Il essaya de respirer doucement pour avaler le moins possible de cet air sec comme un morceau de laine brute.
Il s’approcha du mur, suivant des yeux le trait qui grouillait de plus en plus nettement. Il savait ce que c’était.
“Des fourmis...” pensa-t-il. Et aussitôt, il les détesta.
Il s’en approcha encore, l’estomac noué. Pourtant, il ne craignait pas les fourmis. Ou, du moins, il ne les craignait plus. David lui avait appris à surmonter sa peur.
Il avait presque le nez sur le mur. Les fourmis menaient leur va-et-vient de brins et de graines, comme s’il n’était pas là. Durant quelques instants il les examina sans bouger. 
Il souffla doucement sur les fourmis. Certaines d’entre elles s’arrêtèrent une fraction de seconde puis elles reprirent leur course.
Arthur les détestait vraiment, ces fourmis, à cause de la peur qui revenait lui tordre le ventre.
A l’aide d’une brindille, il cassa le cortège des fourmis. Il y eut un affolement parmi les insectes. A gauche, à droite, puis les files se reformèrent.
Arthur cassa le cortège plusieurs fois de suite, et les files se reconstituèrent à chaque fois. Une espèce de colère s’empara de lui. Et hop-hop-hop-hop ! il brouilla les files à coups de brindille, expulsant les fourmis loin de leur chemin balisé.
Et il les regarda errer dans une panique totale, écrabouillant l’une ou l’autre, de la pointe de sa brindille.
Là, David aurait été fier de lui. Et à cette seule idée, un sourire vint sur ses lèvres. David aurait été fier de lui.


“Qu’est-ce que tu fais ?”
Sa mère s’approchait à rapides enjambées. Sa robe noire l’amincissait et faisait paraître ses cernes encore plus bleus.
“Ne reste pas en plein soleil. Tu vas être malade.” Elle planta sur lui un regard presque furieux.
“Tu veux être malade, toi aussi ?”
Non, il ne voulait pas.
“Alors, reste à l’ombre, comme j’ai dit.”
Il ne faisait rien de mal : il jouait avec les fourmis sur le mur. Comme David.
Sa mère s’accroupit à sa hauteur et murmura : “Tu sais bien...” mais elle n’alla pas plus loin.
Arthur sentit la poigne en fer lui serrer de nouveau l’œsophage.


(Ce texte a déjà été publié sur le blog de Frédérique Martin, il y a quelques mois, dans le cadre des vases communicants.)

Les fourmis

Arthur avait d’abord agité les jambes pour se distraire.
Ensuite, il avait regardé ses jambes s’agiter. Et il avait fini par s’ennuyer. Alors, il s’était mis à examiner le décor autour de lui. La véranda dans laquelle il se trouvait : le plafond traversé par de longues fissures, le lampadaire couturé de chiures de mouches, les murs crème, les vasques de plantes affalées le long du mur ; puis ses yeux avaient balayé la cour aux grands carreaux rouges, la porte de la remise aux vitres fendues, le tas de bois pour l’hiver, la porte du garage désormais vide, le grillage de l’entrée, la poignée d’arbres fruitiers dans leur carré de terre, le mur mitoyen qui soutenait deux orangers... Et entre les orangers, il avait aperçu une sorte de trait vague et sinueux grouiller sur la blancheur éblouissante du lait de chaux. 


D’un petit coup de reins, il avait quitté le siège en plastique vert sur lequel on lui avait demandé d’attendre. 
“Reste assis là, on a des discussions de grands. Sois sage. Tu as soif ?” avait dit sa mère en lui apportant un verre de limonade. Il n’aimait pas la limonade. David aimait la limonade. Il en raffolait mais, lui, Arthur, il ne l’avait jamais aimée. Il secoua la tête pour dire qu’il n’en voulait pas. Qu’il n’en boirait jamais.
Sa gorge était sèche mais il ne boirait pas une goutte de limonade. D’ailleurs, il ne voulait plus boire. Il s’arrêterait de boire jusqu’à la fin du monde. Même pour atténuer la force de la poigne en fer qui lui écrasait l’œsophage.
“Tu es sûr que tu n’as pas soif ? Sûr et certain ? Il a fait chaud à mourir aujourd’hui...”
Arthur leva les yeux sur sa mère puis il marmonna que, non, il n’avait pas soif.
Elle l’avait fixé de ses yeux rougis, esquissé un geste pour lui toucher la joue mais elle s’était figée à mi-chemin avant de se redresser et de rentrer dans la maison en disant que s’il changeait d’avis, il n’avait qu’à demander.
Mais il n’avait rien demandé.

             
Maintenant, il faisait un pas timoré vers la cour, l’oreille aux aguets. A l’intérieur, ça continuait de bavarder. Un murmure franchissait à peine le rideau de perles sombres.
Il quitta l’ombre de la véranda.
D’un seul coup de langue, le soleil enveloppa son visage. Son costume lui parut soudain cousu sur sa peau. Il eut une grande inspiration. Une chaleur fade emplit ses poumons. Il essaya de respirer doucement pour avaler le moins possible de cet air sec comme un morceau de laine brute.
Il s’approcha du mur, suivant des yeux le trait qui grouillait de plus en plus nettement. Il savait ce que c’était.
“Des fourmis...” pensa-t-il. Et aussitôt, il les détesta.
Il s’en approcha encore, l’estomac noué. Pourtant, il ne craignait pas les fourmis. Ou, du moins, il ne les craignait plus. David lui avait appris à surmonter sa peur.
Il avait presque le nez sur le mur. Les fourmis menaient leur va-et-vient de brins et de graines, comme s’il n’était pas là. Durant quelques instants il les examina sans bouger. 
Il souffla doucement sur les fourmis. Certaines d’entre elles s’arrêtèrent une fraction de seconde puis elles reprirent leur course.
Arthur les détestait vraiment, ces fourmis, à cause de la peur qui revenait lui tordre le ventre.
A l’aide d’une brindille, il cassa le cortège des fourmis. Il y eut un affolement parmi les insectes. A gauche, à droite, puis les files se reformèrent.
Arthur cassa le cortège plusieurs fois de suite, et les files se reconstituèrent à chaque fois. Une espèce de colère s’empara de lui. Et hop-hop-hop-hop ! il brouilla les files à coups de brindille, expulsant les fourmis loin de leur chemin balisé.
Et il les regarda errer dans une panique totale, écrabouillant l’une ou l’autre, de la pointe de sa brindille.
Là, David aurait été fier de lui. Et à cette seule idée, un sourire vint sur ses lèvres. David aurait été fier de lui.


“Qu’est-ce que tu fais ?”
Sa mère s’approchait à rapides enjambées. Sa robe noire l’amincissait et faisait paraître ses cernes encore plus bleus.
“Ne reste pas en plein soleil. Tu vas être malade.” Elle planta sur lui un regard presque furieux.
“Tu veux être malade, toi aussi ?”
Non, il ne voulait pas.
“Alors, reste à l’ombre, comme j’ai dit.”
Il ne faisait rien de mal : il jouait avec les fourmis sur le mur. Comme David.
Sa mère s’accroupit à sa hauteur et murmura : “Tu sais bien...” mais elle n’alla pas plus loin.
Arthur sentit la poigne en fer lui serrer de nouveau l’œsophage.


(Ce texte a déjà été publié sur le blog de Frédérique Martin, il y a quelques mois, dans le cadre des vases communicants.)

mardi 10 mai 2011

La traque

Contre le mur
Instable de la
Neige sa voix
S’est fracassée
Taillant son souffle
Comme d’un coup de dents

Au fond de la nuit
Branlante une silhouette
Brutale a filé
A pétri l’herbe noyée
Dont les vagues arrivent
Aux hanches en un
Elan
Qui surprend toujours

L’homme a du sang sur
Ses gants de laine
Une larme de morve
Au bout du nez
Qu’il efface avec le cuir
De sa manche
Plus raide et rugueux
Que l’écorce d’un arbre

Il presse sa foulée
Il court à crever
Il sue sous le poil
Du bonnet
La graisse de la transpiration
L’enveloppe
Il plonge ses pas
Dans les empreintes
Que le vent  ensevelit

Dans sa course
Il perçoit le bat-
Tement chaotique
De son cœur écartelé

La traque

Contre le mur
Instable de la
Neige sa voix
S’est fracassée
Taillant son souffle
Comme d’un coup de dents

Au fond de la nuit
Branlante une silhouette
Brutale a filé
A pétri l’herbe noyée
Dont les vagues arrivent
Aux hanches en un
Elan
Qui surprend toujours

L’homme a du sang sur
Ses gants de laine
Une larme de morve
Au bout du nez
Qu’il efface avec le cuir
De sa manche
Plus raide et rugueux
Que l’écorce d’un arbre

Il presse sa foulée
Il court à crever
Il sue sous le poil
Du bonnet
La graisse de la transpiration
L’enveloppe
Il plonge ses pas
Dans les empreintes
Que le vent  ensevelit

Dans sa course
Il perçoit le bat-
Tement chaotique
De son cœur écartelé

lundi 2 mai 2011

La Pythie

Elle avait remâché
Son silence pendant
Des lunes tâté des
Corps sans vie grevé
Son cœur dans des
Draps raidis
Avant de se jeter
Comme un charbon
Ardent dans les bras d’un
Qui mendiait un
Regret une grâce
Une caresse sur son
Cou aux cheveux coupés à
Ras

Elle disait sans fin :
“Tu es là j’attendais
Ta présence j’espérais
Tes mots ton corps
Tes yeux d’ombres
Ta peau
Ta langue sur ma nuque”

Et tandis qu’elle
Aiguisait sa chair
Sur la lame des
Phrases il effleurait
D’un doigt prudent
La croûte d’une
Vieille blessure

La Pythie

Elle avait remâché
Son silence pendant
Des lunes tâté des
Corps sans vie grevé
Son cœur dans des
Draps raidis
Avant de se jeter
Comme un charbon
Ardent dans les bras d’un
Qui mendiait un
Regret une grâce
Une caresse sur son
Cou aux cheveux coupés à
Ras

Elle disait sans fin :
“Tu es là j’attendais
Ta présence j’espérais
Tes mots ton corps
Tes yeux d’ombres
Ta peau
Ta langue sur ma nuque”

Et tandis qu’elle
Aiguisait sa chair
Sur la lame des
Phrases il effleurait
D’un doigt prudent
La croûte d’une
Vieille blessure