vendredi 16 septembre 2011

Dans l'appartement creux

Il avait suçoté une
Pièce de monnaie posé
Ses lèvres sur le pied
De la chaise
Gardé le goût du
Vernis dans sa bouche
Longtemps
Jusqu’à ce qu’il se
Penche sur la fenêtre
Aux vitres froides qui
Révèlent l’empreinte
De son haleine

Dans la rue pul-
Vérisée par la
Neige les jambes
S’agitent 
Les corps se hâtent
Sous la lumière inerte
Pendant que la voix
Marmonne à son oreille :
“Rou-ge blanc voi-
Ture vé-lo tra-vers
Pi-geons... “

Le jour hésite
Entre la grande
Pièce et le
Vestibule
Où l’ombre de l’
Autre frissonne encore
Sur le linoléum
Eclate d’un rire
De graviers multicolores
Qui fait tress-
Auter
Ses traits plus fragiles
Qu’une poignée d’eau
Croupie

9 commentaires:

  1. J'aime bien cette hésitation du jour...

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  2. Ce froid dans l'appartement creux... nous le ressentons, nous grelottons... (Mettre un pull, tiens.)

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  3. Le poème démarre vite. « La pièce de monnaie suçotée » introduit d'emblée dans un univers cauchemardesque et démoniaque dans lequel les superstitions servent de talisman.Le retour au réel se fait en goutant le pied de chaise, l'homme a été terrassé, mis à terre, probablement, par un incube.Il se redresse lentement, fini par se « pencher sur la fenêtre ». Il sort de son dedans pour regarder dehors.Une voix l'habite, encore, une hallucination qui semble bienveillante, reliée au spectacle du dehors . Par cette vue,cette voix , l'homme revient à lui même.Il était prisonnier de cauchemars nocturnes.Une magnifique envolée poétique,décrit le combat du jour contre les démons de la nuit. « Le jour hésite », splendide métaphore pour dire la lutte incertaine contre « l'ombre de l'Autre » qui se joue dans la tête de l'homme confronté aux manifestations de ses angoisses nocturnes , fantasmatiques et leurs suites diurnes. La majuscule à « Autre » est lourde de sens ; Il me convainc dans mon opinion qu'un poème doit se lire plutôt qu'écouter comme le voudrait la mode du moment (je ne prétends pas régler la question dans cette minuscule digression) « Un rire de graviers multicolores » vient conclure la victoire ambiguë de l'homme contre les aspects terribles de la folie avec laquelle il vit. Comme toujours , chez Francisco Pittau, il nous est proposé un instant de la vie de cet homme, il n'y a ni avant ni après.Comme souvent, l'environnement pèse d'une signification anthropomorphique. « Une poignée d'eau croupie » suffit à suggérer l'homme qui se débarbouille le visage « plus fragile »  que cette eau,glacée selon toute probabilité. La détresse de sa situation est dite, sans apprêt ni fioritures. Les mots choisis, les images suggérées sont visuelles et sonores. Il n'y a pas de pensées exprimées, juste des impressions extérieures qui pénètrent l'homme, l'aident à s'éveiller au jour. Il a tété le décor, pièces, pied de chaises, les images et bruits du dehors pour survivre, retrouver la raison, au moins un minimum.J'aime beaucoup la césure/frontière entre le jour la nuit marquée par le mot « linoléum », ses quatre syllabes interminables, voir son double sens sur « le lino, l'est homme ». Là j'attige un peu,quoique....

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  4. Les césures, j'y reviens (Frederique M s'interrogeait dans l'un de vos posts précédents - moi aussi en fait, désolée Frederique M pour mon ton péremptoire), voilà l'écho, l'onde qui relaie et propage comme le ricochet, le caillou lancé qui choque, sonorité, harmonie. Tout est harmonie chez vous Francesco, le même thème rejoué indéfiniment. C'est un Boléro.

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  5. C'est étonnant, puisque le "dehors" est silencieux, au contraire du "dedans"...
    Enfin bref, j'me comprends, pardon.
    :)

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  6. Je n'aimerais pas avoir des traits "plus fragiles qu'une poignée d'eau croupie".

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  7. J'aime ce regarde à hauteur d'enfant, avec ce suçotement, cette douceur apaisante de la fonction de téter qui contraste pour le lecteur avec cette pièce de monnaie remplaçant la totote, le doudou ou le pouce. Cette sensorialité qui le pousse à explorer en passant par le goût, ses lèvres goûtant un pied de chaise et gardant longtemps la saveur en bouche. On ne sait pas s'il s'agit d'un enfant ou d'un adulte, mais dans les deux cas on lui glisserait volontiers un croquant aux amandes dans la main.

    Et cette froideur avec le sou, le vernis et les vitres... même la neige "pulvérise". La lumière ne réchauffe pas non plus, "inerte". Le jour "hésite".

    C'est avec un humour quasi cynique qu'on accueille ce "rire" éclatant, quoi de mieux pour manifester une joie de vivre et pourtant il vient de l'ombre de l'Autre, du royaume des ombres pourrait-on extrapoler.

    J'aime beaucoup "ses traits plus fragiles qu'une poignée d'eau croupie." C'est tellement insaisissable, un visage. Alors son ombre, son souvenir... et je ne parle pas de la confusion possible à la lecture entre lui et l'Autre, on pourrait ne pas bien savoir à qui attribuer ces traits fragiles.

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  8. @Nicolas Bleusher. Ah ben, tant mieux. :)
    @Depluloin. j' croyais que vous aviez toujours votre petit châle avec vous...
    @patrick Verroust. Le roi du jeu de mots.
    @Frederique. Oh c'est possible... en tout cas, ça me fait très plaisir cette évocation de Boléro.
    @Sophie K. Moi aussi, j' te comprends.
    @Dominique Boudou. De fait, si vous n'aimez pas, vous n'aimez pas. Un trait d'autre chose ?
    @AdS. Oh, y avait longtemps, vous. Content de vous lire à nouveau ici. Perspicace, même si ce n'est pas un jeu de piste du tout.

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  9. Je découvre, j'aime, simplement...

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