mercredi 27 août 2014

Smokey Hills

Cette nouvelle a été écrite d'après une photo de Vivian Maier.


La première chose que fit Josh en se réveillant ce fut d’aller à la fenêtre, pieds  nus, vêtu de son seul caleçon qui lui descendait à mi-cuisses ; il releva la partie coulissante de la fenêtre et glissa une tête timide par-dessous, avant de jeter un long coup d’œil ébloui sur la rue déjà grouillante de monde, bruyante comme il n’aurait jamais pu l’imaginer, et ruisselante de soleil. En face, à quelques dix mètres, juste à sa hauteur, les rails du métro aérien. À ce moment-là, une rame déboula dans un fracas métallique, qui ne dérangea aucunement le flot pressé des passants en contrebas, mais qui fit trembler la chambre comme une vieille caisse fragile.
Josh eut un sourire. Il ne regrettait pas d’être là, bon Dieu, non ! il ne le regrettait pas. Il en avait eu assez de se coltiner des sacs de maïs  et des pelletées de fumier. Les «Smokey Hills» étaient loin. Et il voulait les garder éloignées. Au boulot dès l’âge de huit ans. Le jour de son anniversaire, après avoir coupé les parts du gâteau à la crème, son père lui avait dit : «T’es grand maintenant, Joshua. Demain matin, tu te lèves comme nous tous. Tu t’occuperas des vaches avec Jérémie.» Joshua avait pensé aussitôt à l’école, mais il n’en avait plus été question depuis ce jour-là. La mère n’avait pas pipé, juste incliné la tête et servi les parts de gâteau dans les assiettes, en prenant garde de ne pas en renverser sur la table. Le gâteau était délicieux.
Jérémie, son grand frère, avait onze ans et des boutons lui poussaient sur la lèvre supérieure depuis peu. Trois ans déjà qu’il travaillait avec le père. Joshua en avait bavé avec lui. Jérémie était monté d’un cran dans la hiérarchie de ceux qui travaillent, et il ne ratait pas une occasion de le lui rappeler. Tout était prétexte pour le rabrouer ou lui imposer les tâches les plus sales ou les plus ingrates. Pourtant, il n’y avait qu’une vache et demie dans l’étable : une bien portante et l’autre qui dépérissait à vue d’œil. Le vétérinaire était passé un jour, avait regardé la bête sur le retour et déclaré qu’elle ne valait plus rien et qu’elle pouvait tout aussi bien partir à l’équarrissage. Mais le père avait voulu la garder. Joshua n’avait jamais su pourquoi. Une nuit, la bête était morte. Joshua l’avait découverte avant l’aube, sur le flanc, les pattes raides comme les pieds de la table de la cuisine. Le père l’avait enterrée pas loin de la ferme, près du sentier qui conduisait aux champs de maïs.

Josh sentit un picotement au creux de son estomac. Il n’avait pas mangé depuis le déjeuner de la veille. Un déjeuner frugal : deux petits pains blancs avec une tomate. Il n’avait pas le sou... à peine de quoi se payer une chambre minable et un repas par jour pendant deux bonnes semaines à tout casser, peut-être plus s’il calculait au plus juste. Il laissa la fenêtre ouverte, enfila son pantalon et ses chaussures, puis sortit, toujours torse nu, pour se débarbouiller à l’évier qui se trouvait au fond du couloir, près des toilettes. À grands renforts de poignées d’eau, il se réveilla tout à fait, mit sa tête sous le robinet, ensuite il s’ébroua comme un jeune chien, projetant des gouttes tout autour de lui sur les murs. Il retourna dans sa chambre et s’essuya avec les draps, propres mais troués par l’usure en plusieurs endroits. La faim était de plus en plus rageuse. Il se dépêcha de s’habiller, et quitta l’hôtel, sous le regard indifférent de la fille maigre et jaune qui se tenait à la réception.
Dès qu’il eut posé le pied sur le trottoir, il reçut de plein fouet les bruits de la ville , comme s’il se heurtait à un mur gigantesque. En débarquant tard dans la nuit, Josh avait pourtant eu l’impression que New York était une ville tranquille, dont le silence était troué de temps en temps par l’écho lointain d’une sirène ou d’une voiture démarrant sur les chapeaux de roue. La réalité était tout autre. Il fit quelques pas hésitants, comme saisi d’une ivresse soudaine : trop de vacarme, trop de gens, trop de lumière d’une fois. Il chancela, mais il était heureux de chanceler— heureux de chanceler sur ce trottoir-là. Après avoir repris ses esprits, il se mit à marcher. Il dépassa une poissonnerie, un restaurant, une boulangerie, une boucherie kasher, une blanchisserie tenue par un gros type qui dégoulinait de sueur. Et au coin de la rue, il aperçut un vendeur de hot-dogs. Lors de son périple, il avait croisé un vendeur de cravates itinérants qui l’avait hébergé dans sa voiture pendant deux nuits sur un parking de Chicago, et le vendeur de cravates n’avait cessé de le bassiner avec les hot-dogs succulents qu’il avait mangés à New York. «Grands comme le bras ! et on te les donne pour presque rien !» avait-il précisé, la voix frémissante au souvenir des hot-dogs.
Josh se laissa convaincre par l’odeur de la saucisse et de la choucroute. La seule idée de la moutarde lui avait mis l’eau à la bouche. C’est vrai qu’ils n’étaient pas chers, et c’est vrai qu’ils étaient grands et c’est vrai aussi qu’ils étaient bons,  même s’ils ne valaient pas la tourte à la viande de sa mère, et le gâteau de maïs arrosé de mélasse qu’il mangeait le matin. N’empêche, rassasié, il alla avisa un bonhomme vieux comme Mathusalem qui poussait un chariot de boissons fraîches : il avait des sodas et de l’eau dans une grosse bonbonne. Josh but un grand verre d’eau, qui coûtait presque rien.
Ensuite, sans savoir la direction à prendre, sans même s’en préoccuper, il continua d’avancer, levant des yeux effarés sur tout ce qui l’entourait. Ce fut seulement après une demi-heure d’errance qu’il eut tout à coup l’idée d’aborder un passant et de lui demander s’il était loin de Park Avenue, et de l’Hôtel Armoria. Le passant, petit et rigolard, vêtu d’une chemise rouge aux manches retroussées, gouailla qu’il y en avait pour un moment mais que le plus simple était de prendre le métro. Josh répondit qu’il voulait voir la ville, ce à quoi le passant rétorqua en haussant les épaules d’un air désabusé et en marmonnant : «Y a que des toqués dans cette ville.» Et il lui détailla un itinéraire qu’il pouvait suivre les yeux fermés, étant donné qu’il était né en même temps que cette foutue ville, et qu’il la connaissait mieux que la culotte de sa voisine de palier. Puis il ricana et s’éloigna d’une démarche chaloupée.

Josh reprit sa route, suivant scrupuleusement l’itinéraire suggéré par le petit rigolo. La ville ne semblait devoir jamais finir ; les gens étaient de plus en plus nombreux ; le soleil, à la verticale, cognait et ramassait les ombres en flaques sombres. De temps en temps, une odeur d’océan déboulait par-dessus les bâtiments. Josh avait vu Wichita, Chicago et d’autres grosses villes au cours de son avancée vers New York mais elles avaient toutes l’air de villes normales, plus grandes que celles de son coin, bien sûr, mais abordables. New York lui donnait la sensation d’un vertige sans fin, d’une bousculade incessante. Il traversa des quartiers qu’il n’aurait jamais pu imaginer. Un moment, il passa dans un quartier bourré de Noirs endimanchés qui étaient assis sur les perrons, à discuter et à rire. Ils le regardèrent passer avec ce qu’il crut être de l’hostilité ou de la méfiance.

Finalement, il atteignit Park Avenue. Ça sentait le luxe et l’argent. Tout semblait immaculé, tiré à quatre épingles, comme si personne ne vivait derrière ces jolies façades et ces fenêtres immenses. Il était intimidé comme un gamin. Mais la fatigue le rappela à l’ordre : il avait mal aux pieds, et l’effet du hot-dog était en train de s’estomper— la faim revenait au triple galop. Il avait soif aussi. Comme il ne voulait pas errer des heures durant, il demanda à une jeune femme, qui promenait deux chiens minces et hauts sur pattes, où se trouvait l’Hôtel Armonia.  Elle le lui indiqua d’un geste vague de la main, tandis qu’elle disparaissait, emportée par les chiens.

L’Hôtel était là, à une centaine de pas : tout en briques rouges, vaste et luxueux, derrière un large square dont le feuillage servait de paravent aux rumeurs de la ville. Josh s’ approcha lentement de l’hôtel et, bientôt, il put apercevoir un homme assez corpulent, vêtu d’un uniforme rouge foncé à parements dorés, et coiffé d’un haut-de-forme portant le nom de l’hôtel en cursives dorées «Armoria Hôtel». L’homme ne correspondait pas du tout au souvenir qu’il avait de l’oncle Erskine— l’oncle Erskine était maigre. On l’appelait même le Clou dans la famille. Josh ne l’avait jamais vu mais il le connaissait presque aussi bien que s’il l’avait fréquenté : il en avait entendu des histoires sur les blagues de l’oncle Erskine, la bonne humeur de l’oncle Erskine, la folie de l’oncle Erskine qui ne craignait rien, même pas d’aller dormir dans le cimetière quand on le menaçait d’une rouste après une de ses mauvaises plaisanteries, l’audace et l’effronterie de l’oncle Erskine qui avait défié son père, un homme grave et travailleur, en fichant le camp de la ferme pour on ne savait où, les aventures de l’oncle Erskine qui envoyait des lettres postées dans des pays dont tout le monde dans la famille ignorait le nom ; un jour, ils avaient reçu une photo sur laquelle on le voyait en compagnie de deux militaires débraillés devant un vieux bâtiment en bois entourés de palmiers— dans le coin de la photo, on pouvait distinguer une jeune femme aux yeux bridés ; Josh connaissait plus ou moins le visage de l’oncle Erskine par cette photo écornée et un peu floue.
Ses lettres des dernières années provenaient de New York, et il semblait apaisé, parlait de sa lassitude à courir le monde et du travail qu’il avait fini par trouver, et qui le satisfaisait : portier dans un hôtel huppé de Park Avenue. Un travail de plein air avec des gens polis et généreux.

«Qu’est-ce que tu veux, mon garçon ?» dit le portier qui s’était avancé jusqu’à Josh. «Dix minutes que t’es là à me regarder. Tu cherches quelque chose ?» Il paraissait contrarié. Josh bredouilla qu’il était perdu et qu’il ne savait pas très bien où il se trouvait.
Le portier ôta son chapeau pour essuyer son crâne chauve. Un cerne rouge faisait le tour de sa tête. Il marmonna une phrase où il était question de «putain et de soleil» puis il se tourna vers Josh. «Dis-moi ce que tu cherches. Le quartier n’a pas de secret pour moi ! Depuis le temps que je le fréquente !»  Il releva la tête pour réajuster son chapeau sur sa tête, et c’est à ce moment-là que son regard croisa celui de Josh, et que Josh put voir ses yeux, et que Josh les reconnut. Les mêmes yeux que sur la photo écornée. Les yeux de sa mère surtout. L’oncle Erskine  se tenait devant lui, à quelques centimètres, avec son poids et sa sueur, son uniforme chamarré, ses grosses mains et sa peau plissée. Tout s’était modifié chez lui mais les yeux étaient restés intacts dans un écrin différent.
Une grosse voiture noire, ronde et lustrée comme un bousier, arriva lentement devant l’hôtel ; l’oncle Erskine rectifiant sa tenue se dirigea aussitôt vers elle d’un pas raide et rapide, en lançant à Josh : «Attends-moi là, je reviens !»
Et tandis que l’oncle Erskine ouvrait la portière droite de la voiture pour permettre à une jeune femme élégante de descendre, Josh s’éloigna lentement, remâchant l’amertume qui lui emplissait la bouche. Et le parfum des «Smokey Hills» s’empara de lui, d’un coup, en lui enfonçant un poinçon dans le bas du ventre.

vendredi 15 août 2014

Une infinie convalescence

Les lourds  convois de l’orage fracassent l’horizon leur écho
se répercute sur les murs de la chambre où pendent les photographies

Contre les vitres minces et fraîches les rideaux halètent
comme halèteraient les poumons d’un enfant malade

Les voix enrouées par la bière l’azur épais des cigarettes la buée
grasse des respirations enrobent de moiteur la fièvre au front

Le tic-tac de l’horloge sous le calendrier décompte ses grains de riz
minutes grillées secondes cramées instants qui consument leurs molécules

Sous les épaules le skaï du canapé transpire et le plaid glisse
fourrure dont les plis dessinent des canyons pour les yeux qui s’égarent

il pleut sur le ciment de la cour il pleut sur l’eau de la citerne si sombre
il pleut sur les buissons sur les vaches sur les prairies où l’on ne marche pas

C’est la fin de ce monde l’obscur bouleversement qui roule dans ses eaux
la toile cirée les mains les lèvres blessées d’avoir tant ri et tant toussé

Ne restent que l’ombre de la fièvre et le fantôme d’une vie comme jamais vécue

lundi 11 août 2014

Il avait expiré...

Il avait expiré au moment où l’aube se levait sur la mer
et jetait sur les bâtiments du port sa féérie d’or en feu

Les trolleybus frais et clinquants s’apprêtaient à ferrailler
sur les pavés rendus luisants par l’haleine de la nuit

Ce n’étaient plus que des rires et des pas sous les arcades
où les tables rondes étaient tirées pour le café du matin

Les vitrines aux rideaux de fer reflétaient les premiers visages
encore ébouriffés de sommeil mais hilares d’être là

Les bateaux sagement assis sur l’eau affirmaient leur blancheur
et l’éclat tonitruant de leurs voix enrouées

Très loin un nuage d’oiseaux fondait par à coups sur les vagues
dont l’éclat blessait les yeux d’un trait d’aiguille

L’odeur du dernier souffle ne s’estompait pas malgré les fenêtres
ouvertes et les fleurs flétries dans leur vase de porcelaine épaisse

Ne pas crier ne pas pleurer ne pas gémir vers ce ciel si beau
que les anges tendaient comme un grand drap de lin

Les paroles venaient en flots apaisants pleins d’ignorance
et les entendre tordait les racines du ventre

Comment mais comment supporter ce miracle de douleur ?
comment tenir du bout des doigts la petite bougie du souffle ?

Il fallait l’azur et l’oubli il fallait le soleil triomphal et l’amertume
il fallait que ce soit comme un coup de poing dans la gueule

Les voitures brillaient joyeusement sur le front de mer
klaxonnaient et rugissaient sans hargne en jouets gigantesques

Le long des quais ombragés par les palmiers le jour s’installait
à tâtons sans forcer sachant que le terrain lui était acquis

lundi 7 juillet 2014

Les lointains proches

Sans courage et sans force affalé sous les palmiers nains
il abandonne son esprit au bruissement d’une voiture
au frisson d’un insecte entêté par les fleurs en pots
comme dans les cours harassées de lumière
quand les poignées d’eau sur le sol brûlant
mettent dans l’air la légèreté d’une respiration d’enfant

Là-bas dans les jardins penchés vers la mer qui tremble
les oliviers et les vignes vivent une vie apaisée
à peine troublée par l’écho du remuement nocturne
des lièvres et des renards venus des talus d’herbes sèches
ombres de l’ombre proies silencieuses et furtives
pour la foudre de la poudre à fusil

Il est là dos au mur de grosses pierres du fleuve
à remâcher les jours et les années les gestes du soir
pour accompagner les contes et les fables surgies
d’un passé bâti juste pour lui dans la flambée
insolente du bois qui craque et des yeux qui brillent
à chaque mot prononcé d’une voix gourmande

Ses pieds battent la terre sourde d’un rythme lent
au souvenir des soirs qui mangeaient dans sa main
tels des oiseaux apprivoisés les bouts de pain
de son souffle encore plein du goût des amandes
ouvertes à coups de marteau dans l’éblouissement
des méridiennes où il ne dormait pas

vendredi 4 juillet 2014

On dirait l'aube

Sous la pluie des brouillards l’île a poussé au loin
lourde et silencieuse nimbée d’oiseaux et de clartés hésitantes

Sur le pont gras et glissant les voix éclatent en bribes
et les rires  retombent comme des drapeaux détrempés

Les mains sur la lisse dont la peinture cloque sous la rouille
on cherche du regard la silhouette qui s’affirme et s’enfuit

C’est un presque jour c’est une presque nuit
l’heure indécise s’accroche aux paupières lasses

C’est la mer qui embaume c’est l’écume qui fristouille
avec l’espoir de résister encore au temps qui pleut

On voudrait la terre et l’on voudrait la mer
on voudrait le vent de la vague et la paix des montagnes

Le port tend ses bras minces à travers l’impalpable
épaisseur des respirations assemblées

Tandis que le monde tourne lentement autour du navire

mardi 1 juillet 2014

Florence

Entre les hennissements muets des chevaux de marbre
entre les femmes drapées tenant du bout des doigts une pomme
entre les murs pavoisés et les dômes clinquants
entre l’odeur des melons et celle des liqueurs de café
entre le temps éparpillé en confettis brûlants
le vent chaud se tenait accroupi sous les bâches rayées

Les cris montaient de partout en aigrettes légères
et les pigeons alourdis du sommeil des hommes
roulaient du gravier dans leur jabot luisant
tandis que tes pas allaient vers les places lumineuses
où les fripes se réjouissaient d’être seules et nues
dedans comme des gants abandonnés

L’espace s’élargissait à la démesure du regard
tu chantonnais en évitant les tomates blessées
et les eaux qui embaumaient le chou fleur
tes yeux traînaillaient sur le ventre moiré
des poissons et sur les pesants coquillages
grands ouverts buvant un air qui les tue

Et tu attendais que le ciel enfin se découvre
en laissant tomber sur les étroites rues roses
une pluie au goût de basilic et de plantes grasses

lundi 23 juin 2014

Malmö

Franchissant la barricade des nuages
l’haleine de la neige retombait sur la ville
l’air était poudreux les ruelles serrées  les lampes
souffreteuses dans les tremblements de l’alcool

Les maisons crispées autour d’une bouche carrée
montaient dans la nuit avec les miaulements
des chats ébouriffés avec les voix traînantes
et les syllabes qui se nouaient en boules rauques

Les lumières clignotaient les vitrines brûlaient
une ombre de saumure et de brioche tiède
guidait tes pas vers les rues en cascades
où des jardins apparaissaient comme des murmures

Il suffirait de rien pour revenir là-bas
entre le froid et les forêts foudroyées
entre les lourds tramways et les cyclistes légères
entre les arbres tétanisés et le port pétrifié

Il suffirait de peu pour écraser encore craintif
l’herbe gelée des squares et poser le pied
sur la terre si dure qu’elle perd la trace
de ceux qui l’ont arpentée