mardi 6 mars 2012

Une murène en lui

Il avait ses bassins
D’eau apaisée ses
Rades ses mises en
Cale sèche ses
Sables tièdes où
Allonger sa
Fatigue

Il avait ses
Absences de chien-
Loup ses langueurs
Abruties ses paroles
Balbutiantes

Il avait ses silences
Et ses rumeurs
Serrés dans un minuscule
Sac en cuir noir
Accroché à sa
Ceinture et il l’ouvrait
Parfois pour en respirer
Les odeurs d’herbe
Morte d’os en papier
De peau fanée de sang
Et de crotte

Il éclatait alors
Comme un fruit mûr
En vociférations
Haranguant des spectres
Crachant sur des
Cadavres déchirant
A pleine gorge sa
Gangue de chair
Puis il s’affalait
Soudain sur le grès
D’un seuil usé
Et d’un regard de pierre
Il fixait le ruisseau
Qui s’écoulait entre ses pieds

17 commentaires:

  1. Pffffff... il n'y a plus de mots, hors les vôtres. Ça devient agaçant ce talent mais je m'accroche.

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    1. Oh, faut pas charrier, Depluloin... y en a bien d'autres des mots... et comment ! mais c'est gentil de le dire.

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  2. sé vré ke sé tré bo on sen ke le ga é tro sans cible tu voit :'(

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    1. Trop sensible... mouais... enfin, bon... :)

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  3. Le poème est à l'imparfait. Il parle d'un disparu. Un homme qui se coltinait une histoire trop lourde,trop violente, pulsionnelle,destructrice. Il avait ses lieux, trottoirs, bistrots, plages où il se posait, trouvait un répit dans ses langueurs, ses absences,ses silences. Il avait sur lui, le reliquaire de son histoire, herbe sèche, colle d'os d'un vieux papier, peau,sang,crotte. L'odeur qui s'en dégageait faisait l'effet d'une drogue, l'histoire ressurgissait, l'envahissait, le submergeait. Il se battait avec elle,boxeur fou luttant contre ses spectres et ses cadavres.Il finissait par tomber,groggy. Minéral, il se regardait se pisser dessus. La construction de ce texte nous laisse voir les titubements des gestes et des paroles de l'homme, son odeur acre, la folie qui le terrasse.Beau travail, comme à l'habitude.

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    1. La notion de travail rapporté à l'écriture, ça me plaît beaucoup.

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  4. C toujours un plaisir de vous lire.

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  5. Sans cible Pittau ne l'est pas et son texte fait mouche!

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    1. Oh... :)
      Ravi de vous lire "petite librairie".

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  6. Une empoignade entre Anonymes... :)
    Qui est qui ?

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  7. L'imparfait, parce que c'est le temps le plus proche de l'immobilité.

    Bien que l'homme agisse quand il « éclate comme un fruit mûr ».
    Et peut-être, comme certaine murène, possède-t-il dans l'arrière-gorge une deuxième paire de mâchoires qui peut s'avancer dans la cavité buccale.

    En fait, l'imparfait conjugue mouvement et immobilité.

    « L'imparfait est le temps de la fascination : ça a l'air d'être vivant et pourtant ça ne bouge pas : présence imparfaite ; mort imparfaite ; ni oubli, ni résurrection ; simplement le leurre épuisant de la mémoire. » (Roland Barthes, Fragments d'un discours amoureux)

    Et tout ça, cette réflexion sur l'imparfait, tirée de « Verbier » de Michel Volkovitch, chez Maurice Nadeau.

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    1. Pour l'imparfait, bien sûr, c'est un temps de narration qui permet de coaguler le temps sans le figer.

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  8. "La notion de travail rapportée à l'écriture" est un point essentiel et paradoxal. Combien d'ateliers d'écritures qui devraient se fédérer en café du commerce littéraire, laissent accroire à leur public que tout le monde peut écrire, comme çà, spontanément, que tous les écrits sont sur le même plan. Il ne viendrait à l'idée d'aucun musicien néophyte de se procurer un violoncelle et de faire immédiatement un concert. Il faut du temps, du travail, beaucoup de travail, du talent si possible, de l'obstination surement, de l'humilité et de la lucidité savoir où on est....et peut être qu'au bout, il sortira quelque chose qui méritera d'être diffusé. Il n'y a pas de jugement à porter mais rappeler qu'en écriture , comme dans toutes les activités, il y a du plaisir mais aussi des exigences. C'est le premier devoir du à la littérature pour qui prétend en enseigner l'art.

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    1. Le "travail", je ne peux qu'y souscrire. Bon de le rappeler.

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