jeudi 24 janvier 2013

Le Printemps tout près

Dans la chair de la pomme
Sa dent de lait était fichée
Un peu de sang tiède et fade
Avait perlé sur ses lèvres
— il le cracha en poulpe
Sur la terre noire
Eclaboussant ses chaussettes
Dominicales
Ajustées avec soin
Jusqu’à ses genoux couronnés

L’air vibrait de voix fraîches
De cris allègres et de quelques
Bêlements montés du fond des remises
Où l’agneau trépigne
Garrotté dans sa crotte
L’œil noir et dilaté
Comme une bulle de ténèbres
Le ciel rayonnait l’odeur
De la fête embaumait les rires
D’un monde qui frémissait
Et s’effondrait en même temps

Le trognon de la pomme s’envola par-
Dessus les buissons brûlés
Par le vif gel nocturne
Dessina dans le ciel lisse
Une courbe de hanche
Ou de sein
Avant de retomber dans l’herbe acérée
Avec un bruit lointain
De caillou qui crève la glace

12 commentaires:

  1. Une petite fenêtre sur l'enfance... (Je crois bien avoir fiché une de mes dents de lait dans une pomme, aussi, tiens.) Merci Francesco. :)

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    1. Ça a dû arriver à pas mal de gens, j'imagine. Merci à toi, Sophie.

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  2. Ce texte est guilleret à la façon Pittau avec son art de révéler une réalité profonde cachée sous les apparences.Ce texte est une remémoration, un voyage dans les souvenirs de la prime enfance fait par le sujet lui même ou plus probablement par un proche. La perte de la dent de lait signifie la fin de cette période de l'enfance. « Un monde s'effondre »... Bientôt, le gamin va bourgeonner, connaître son printemps, croquer la pomme, en attendant, il court , joue, tombe, couronne ses genoux, écoute les appels de la fête, les bêlements de l'agneau, bientôt ou déjà, il sera sensible à « une courbe de hanche ou de sein » . Le texte fourmille de symboles, le printemps, la pomme, le frémissement du monde comme une montée de sève, malgré la froidure encore présente , la pureté du ciel où vient s'esquisser une courbure sensuelle. La musicalité guillerette qui émane du texte tient aux sons en « R » qui le parsèment comme de s petits coups de cymbales ou trompettes, la tonalité des imparfaits vient donner la mesure....Pour résumer, un texte gai avec une gravité rentrée,sans nostalgie.

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    1. Effectivement, une forme de printemps qui s'en va.

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  3. C'est suite à cette affaire qu'ils ont refusé de manger des fruits tant qu'ils n'auraient pas de vraies dents et depuis, on donne des Pom'potes aux enfants.

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  4. Bonjour, j'ai fait une petite recherche, je n'avais pas retenu que vous êtes l'auteur avec Bernadette Gervais de la série Oxiseau, Nacéo, ... C'est une magnifique série ! Est-ce qu'on peut trouver facilement vos recueils de poésie en libraire ? (je ne suis pas du tout adepte des acahts sur le net...)

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    1. Merci, Anne... pour le recueil/jeunesse, il est publié chez Gallimard, donc facilement trouvable, je crois... pour ceux publiés par le Seuil, j'avoue que je ne sais pas.

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  5. j'adore la vie, l'écriture magnifique de ce texte et ... le commentaire de patrick verroust

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  6. Merci, Michèle, pour tout ce que vous dites. :)

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  7. Merveilleux ! Sans comparer, bien sûr, votre style à celui de André Dhôtel, car il est votre style ; je pense à cet auteur en vous lisant parce qu'en nous croquant une pomme, c'est le pays entier qui devient miraculeux. ("Les genoux couronnés", c'est fort ! :)

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    1. Merci frasby, votre enthousiasme me fait très plaisir.

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