mardi 28 mai 2013

La méridienne en miettes

Après le bain froid
Dans la vasque en pierre
Basaltique après
La tranche de pain
Sur quoi l’on avait
Ecrasé la chair épaisse
Et parfumée d’une tomate
Après le coup de
Peigne dont les dents
Griffent la peau du crâne
Après l’eau de Cologne
Mise au doigt derrière
Les oreilles
Après il fallut s’allonger
Sur le châlit
Grinçant
Et flotter entre deux
Eaux les yeux
Fixés sur le ciel de
Plâtre où des ombres
Se mouvaient lentement
Comme des herbes
Longues dans le fil
Immuable et changeant
Du torrent

Le sommeil fuyait
(couleuvre effarouchée)
Et il ne fallut pas
Longtemps pour céder
A l’appel du soleil
Dans la cour
Aux ficus et aux cactus engourdis
Aux citronniers noirs
Qui préservaient les parterres
De la rage de l’été
Il fallut prendre garde
A ne pas se brûler la plante nue
Des pieds sur le béton
Incandescent
— un pas deux pas
La bouche immense du ciel
Engloutit d’un coup
L’enfant tout entier
Et lorsqu’il pencha
Son regard éclaté
Sur le vol immobile
D’un oiseau-mouche
Il sut soudain
La légèreté passagère
De son propre souffle

8 commentaires:

  1. "..il sut soudain la légèreté de son propre souffle"
    J'aime cette phrase légère elle aussi, ce qui prouve que vous êtes un magicien des mots Francesco§

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    1. Merci, même si je ne suis pas sûr de mériter ce compliment.

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  2. La méridienne...Le poète ne cherche pas midi à 14 heures, les mots sont choisis pour leurs sonorités dures. Ils plantent , sans avoir besoin de le dire, dans l'imaginaire du lecteur, une bâtisse du sud aux murs épais de pierres au parc arboré pour protéger du soleil qui plombe. La lumière et la luxuriance végétale sont magnifiés.Ils décrivent une éducation soignée et stricte, la sieste fait partie du rythme de la journée.Cette tradition fait partie du rituel social, elle est enseignée. La « rage de l'été », « l'appel du soleil » éveillent une première transgression, prélude à bien d'autres. Elles sont contenues dans « la légèreté passagère de son propre souffle » , le jeune garçon s'initie à déguster l'insondable légèreté de l'être....L'éducation sociale est moins forte que l'initiation offerte par la nature à qui sait la goûter. Francesco Pittau aime bâtir de courts poèmes qui débusquent, sans le dire, cette vérité. Il est ,résolument,du côté de la nature et de son écoute.

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    1. Du côté de la nature, je ne sais pas, mais de l'écoute, c'est sûr. :)

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  3. Magnifique titre déjà, il annonce la couleur, belle assonance dans "miettes/méridienne"
    L'entre-deux, le moment insaisissable , entre deux couleurs de vie. "la tranche de pain, le coup de peigne" , le binaire , principe de réalité et principe de plaisir... L'opposition de l'eau froide et du sol brûlant, le paroxysme de la sensation court tout au long du poème. Il n'y a que des contrastes, soleil et ombre...Très visuel, on pourrait le peindre, en faire un court métrage même.
    "la bouche immense du ciel engloutit d'un coup l'enfant tout entier" saisissant! le ne suis pas sûre de bien comprendre cependant!
    Ce qui m'étonne et me laisse admirative, c'est cette façon d'utiliser la syntaxe la plus prosaïque, des temps verbaux si variés et multiples qui forment l'ossature du poème. Les trois derniers vers arrivent légèrement et s'imposent comme un aphorisme.
    Je pense à René Char , allez savoir pourquoi et croyez-moi, c'est la plus belle poésie que je connaisse ...

    Marie-Brigitte Ruel

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    1. Merci, Marie-Brigitte... tout ce que vous dites me plaît beaucoup : les oppositions, etc. J'avoue aussi que je suis assez adepte de la syntaxe "simple" pour des raisons multiples et trop longues à expliquer.
      L'aphorisme est une forme très tentante.

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  4. Moi je vais juste dire "qu'est-ce que c'est beau", mais j'abonde.
    (Bon, sinon, t'es où, bon sang ? J'te vois plus, j't'entends plus, zutflûte quoi !) :D

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    1. Merci, Sophie... tu me coupes le sifflet, là... :)

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