dimanche 25 mars 2012

Juste après les fumées

Entre les saules noirs
Les fossés
De drainage à la gueule
Boueuse et
Feuillue
Les animaux placides
Le regardaient avancer
Sous les premiers coups
De coude du soleil

Une ville frémissait dans
La brume encore
Fraîche et des clameurs
Claires comme des éclats
De faïence
Constellaient le silence

Il avait laissé la vaste
Maison les gémissements
Les geignements les vagissements
De la colère la bile
Répandue les mots pareils
A des bouts de viande
Saignante
Eparpillés sur le carrelage
A fleurs grises
Il avait laissé la
Lessiveuse aux linges
Entortillés
Pisser son jus
Il avait laissé la porte
Béante sur la pénombre
Des pièces profondes

Tâtant à travers
La chemise la plaie
De sa poitrine
Il marmonna des
Phrases anciennes des
Conseils desséchés
Des mots ineptes des prudences
Insensées
Pour cet après-midi figé
De fin d’hiver

“Respire doucement res-
Pire sans flancher ne compte
Pas tes pas garde-toi du
Sommeil endors-toi si
Tu peux mange bois
Pas trop vite fais attention
Tu vas tomber ne marche pas
Dans l’eau c’est absurde
C’est tout”

Et comme il se mettait
A sourire aux bêtes et aux
Herbes une mouche bleue
Indolente
Vint se poser
Sur le dos de sa main
Gauche

Juste après les fumées

Entre les saules noirs
Les fossés
De drainage à la gueule
Boueuse et
Feuillue
Les animaux placides
Le regardaient avancer
Sous les premiers coups
De coude du soleil

Une ville frémissait dans
La brume encore
Fraîche et des clameurs
Claires comme des éclats
De faïence
Constellaient le silence

Il avait laissé la vaste
Maison les gémissements
Les geignements les vagissements
De la colère la bile
Répandue les mots pareils
A des bouts de viande
Saignante
Eparpillés sur le carrelage
A fleurs grises
Il avait laissé la
Lessiveuse aux linges
Entortillés
Pisser son jus
Il avait laissé la porte
Béante sur la pénombre
Des pièces profondes

Tâtant à travers
La chemise la plaie
De sa poitrine
Il marmonna des
Phrases anciennes des
Conseils desséchés
Des mots ineptes des prudences
Insensées
Pour cet après-midi figé
De fin d’hiver

“Respire doucement res-
Pire sans flancher ne compte
Pas tes pas garde-toi du
Sommeil endors-toi si
Tu peux mange bois
Pas trop vite fais attention
Tu vas tomber ne marche pas
Dans l’eau c’est absurde
C’est tout”

Et comme il se mettait
A sourire aux bêtes et aux
Herbes une mouche bleue
Indolente
Vint se poser
Sur le dos de sa main
Gauche

lundi 19 mars 2012

Barbara

Accroupie sur la terre battue
De la cuisine elle
Remuait d’une main
Pointue
Dans de minuscules
Casseroles en fer
Blanc

Elle touillait des
Sauces des soupes
Elle mélangeait
Des légumes luisants
Des viandes
Maigres
Ajoutait des aromates
Ou des épices
Dont les vapeurs montaient
Vers le plafond
Noirci par l’haleine
Des repas mille fois
Mitonnés

Quand elle avait
Terminé
Elle relevait le foulard
Marron
De ses épaules
A ses cheveux rassemblés
En boule dure
Sur sa nuque.

Barbara

Accroupie sur la terre battue
De la cuisine elle
Remuait d’une main
Pointue
Dans de minuscules
Casseroles en fer
Blanc

Elle touillait des
Sauces des soupes
Elle mélangeait
Des légumes luisants
Des viandes
Maigres
Ajoutait des aromates
Ou des épices
Dont les vapeurs montaient
Vers le plafond
Noirci par l’haleine
Des repas mille fois
Mitonnés

Quand elle avait
Terminé
Elle relevait le foulard
Marron
De ses épaules
A ses cheveux rassemblés
En boule dure
Sur sa nuque.

mardi 6 mars 2012

Une murène en lui

Il avait ses bassins
D’eau apaisée ses
Rades ses mises en
Cale sèche ses
Sables tièdes où
Allonger sa
Fatigue

Il avait ses
Absences de chien-
Loup ses langueurs
Abruties ses paroles
Balbutiantes

Il avait ses silences
Et ses rumeurs
Serrés dans un minuscule
Sac en cuir noir
Accroché à sa
Ceinture et il l’ouvrait
Parfois pour en respirer
Les odeurs d’herbe
Morte d’os en papier
De peau fanée de sang
Et de crotte

Il éclatait alors
Comme un fruit mûr
En vociférations
Haranguant des spectres
Crachant sur des
Cadavres déchirant
A pleine gorge sa
Gangue de chair
Puis il s’affalait
Soudain sur le grès
D’un seuil usé
Et d’un regard de pierre
Il fixait le ruisseau
Qui s’écoulait entre ses pieds

Une murène en lui

Il avait ses bassins
D’eau apaisée ses
Rades ses mises en
Cale sèche ses
Sables tièdes où
Allonger sa
Fatigue

Il avait ses
Absences de chien-
Loup ses langueurs
Abruties ses paroles
Balbutiantes

Il avait ses silences
Et ses rumeurs
Serrés dans un minuscule
Sac en cuir noir
Accroché à sa
Ceinture et il l’ouvrait
Parfois pour en respirer
Les odeurs d’herbe
Morte d’os en papier
De peau fanée de sang
Et de crotte

Il éclatait alors
Comme un fruit mûr
En vociférations
Haranguant des spectres
Crachant sur des
Cadavres déchirant
A pleine gorge sa
Gangue de chair
Puis il s’affalait
Soudain sur le grès
D’un seuil usé
Et d’un regard de pierre
Il fixait le ruisseau
Qui s’écoulait entre ses pieds

vendredi 2 mars 2012

Bonne route

Une fois de plus, Frédérique Martin me fait l'honneur de venir rafraîchir mon blog tandis que j'irai pourrir le sien.

***

La plupart des gamins étaient montés dans le car, un peu plus tôt, encouragés par leurs professeurs. Mâchoires contractées, le chauffeur regardait au loin, cet horizon qu’il n’atteindrait pas malgré les distances parcourues. La  fumée s’échappait de plusieurs conduits de cheminée, sous un ciel raide qui brisait les toits d’ardoise. Le clocher sonna six heures en laissant le dernier coup s’éterniser avec orgueil.
- Are you ready, boys and girls? Hurry up !
 - Bon, mon petit, faut y aller maintenant.
Le garçon s’élança, aussitôt rappelé :
- Viens me faire une bise.
- Oh mamie, c’est bon, là ! Je vais plus avoir de place.
Mais il revint sur ses pas et l’embrassa plusieurs fois. Elle ne put s’empêcher de le serrer trop fort.
- Laisse-moi te regarder… petit cochon, va.
Elle humecta son index de salive et nettoya une tache de chocolat sur son menton. Le garçon eut une grimace, puis un frisson de dégoût. Il s’esquiva et courut rejoindre les autres, à l’intérieur du véhicule.
- Attention de tomber ! 

 
Elle se hissa sur la pointe des pieds, en prenant appui contre la carrosserie jaune pour suivre la progression du garçon dans la travée centrale. Il riait, bousculait ses copains, distribuait des grimaces aux filles. Il s’assit près de la fenêtre, juste au-dessus d’elle et la gratifia d’un petit signe de la main, avant de flanquer  un coup sur le crâne du rouquin assis à côté de lui. Elle voyait son oreille un peu décollée, les mèches noires sur sa nuque,  l’arrondi de sa joue, la commissure rouge de ses lèvres. Elle avait mal au ventre à l’idée de ne plus pouvoir l’embrasser.
 Elle cria :
- Enlève ton manteau, tu auras froid en sortant.
- Il ne vous entend pas. Ils sont tout excités. C’est normal… l’Angleterre, leur premier voyage sans nous. C’est votre petit-fils ?
Une jeune femme l’observait, tête penchée.  Elle lui adressa un sourire sec :
- Oui, c’est moi qui le garde maintenant. Je ne vais pas pouvoir lui parler pendant cinq jours, alors j’en profite.
- Il ne faut pas vous inquiéter, il ne va rien leur arriver.
Elle sentit ses joues se marbrer et cligna des paupières à plusieurs reprises sans répondre. Sa gorge était dure, ses mains glacées.
- On ne sait rien, dit-elle, rien du tout.
Mais la jeune femme était déjà partie rejoindre un groupe de parents, un peu plus loin. Tous attendaient le départ. 

 
Elle sursauta quand le moteur se mit en marche dans une odeur d’huile et de gaz d’échappement. Le métal vibrait sous sa paume ;  elle la retira comme si elle avait été mordue. Son cœur s’affola tandis qu’elle fouillait dans son sac. Elle ne la trouvait pas ! Elle en aurait pleuré, là, devant tout le monde. Mon Dieu, pourvu que je la trouve, s’il vous plait, par pitié, aidez-moi. 
Le garçon regardait droit devant lui, la jeune femme agitait son bras en signe d’adieu. Elle se souvint qu’elle avait mis la fiole dans sa poche de manteau, précisément  pour ne pas avoir à la chercher.  Elle la sentit sous ses doigts, lourde et lisse, tandis que le car s’ébranlait.  Vite, la sortir, vite, dévisser le bouchon.  Aidez-moi ! Elle jeta l’eau de toutes ses forces. Les gouttelettes s’agrippèrent de justesse au métal, tandis qu’elle marmonnait, les yeux clos, les bras tendus devant elle : Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. Amen. 

Frédérique MARTIN


***

Les autres participants :


Bonne route

Une fois de plus, Frédérique Martin me fait l'honneur de venir rafraîchir mon blog tandis que j'irai pourrir le sien.

***

La plupart des gamins étaient montés dans le car, un peu plus tôt, encouragés par leurs professeurs. Mâchoires contractées, le chauffeur regardait au loin, cet horizon qu’il n’atteindrait pas malgré les distances parcourues. La  fumée s’échappait de plusieurs conduits de cheminée, sous un ciel raide qui brisait les toits d’ardoise. Le clocher sonna six heures en laissant le dernier coup s’éterniser avec orgueil.
- Are you ready, boys and girls? Hurry up !
 - Bon, mon petit, faut y aller maintenant.
Le garçon s’élança, aussitôt rappelé :
- Viens me faire une bise.
- Oh mamie, c’est bon, là ! Je vais plus avoir de place.
Mais il revint sur ses pas et l’embrassa plusieurs fois. Elle ne put s’empêcher de le serrer trop fort.
- Laisse-moi te regarder… petit cochon, va.
Elle humecta son index de salive et nettoya une tache de chocolat sur son menton. Le garçon eut une grimace, puis un frisson de dégoût. Il s’esquiva et courut rejoindre les autres, à l’intérieur du véhicule.
- Attention de tomber ! 

 
Elle se hissa sur la pointe des pieds, en prenant appui contre la carrosserie jaune pour suivre la progression du garçon dans la travée centrale. Il riait, bousculait ses copains, distribuait des grimaces aux filles. Il s’assit près de la fenêtre, juste au-dessus d’elle et la gratifia d’un petit signe de la main, avant de flanquer  un coup sur le crâne du rouquin assis à côté de lui. Elle voyait son oreille un peu décollée, les mèches noires sur sa nuque,  l’arrondi de sa joue, la commissure rouge de ses lèvres. Elle avait mal au ventre à l’idée de ne plus pouvoir l’embrasser.
 Elle cria :
- Enlève ton manteau, tu auras froid en sortant.
- Il ne vous entend pas. Ils sont tout excités. C’est normal… l’Angleterre, leur premier voyage sans nous. C’est votre petit-fils ?
Une jeune femme l’observait, tête penchée.  Elle lui adressa un sourire sec :
- Oui, c’est moi qui le garde maintenant. Je ne vais pas pouvoir lui parler pendant cinq jours, alors j’en profite.
- Il ne faut pas vous inquiéter, il ne va rien leur arriver.
Elle sentit ses joues se marbrer et cligna des paupières à plusieurs reprises sans répondre. Sa gorge était dure, ses mains glacées.
- On ne sait rien, dit-elle, rien du tout.
Mais la jeune femme était déjà partie rejoindre un groupe de parents, un peu plus loin. Tous attendaient le départ. 

 
Elle sursauta quand le moteur se mit en marche dans une odeur d’huile et de gaz d’échappement. Le métal vibrait sous sa paume ;  elle la retira comme si elle avait été mordue. Son cœur s’affola tandis qu’elle fouillait dans son sac. Elle ne la trouvait pas ! Elle en aurait pleuré, là, devant tout le monde. Mon Dieu, pourvu que je la trouve, s’il vous plait, par pitié, aidez-moi. 
Le garçon regardait droit devant lui, la jeune femme agitait son bras en signe d’adieu. Elle se souvint qu’elle avait mis la fiole dans sa poche de manteau, précisément  pour ne pas avoir à la chercher.  Elle la sentit sous ses doigts, lourde et lisse, tandis que le car s’ébranlait.  Vite, la sortir, vite, dévisser le bouchon.  Aidez-moi ! Elle jeta l’eau de toutes ses forces. Les gouttelettes s’agrippèrent de justesse au métal, tandis qu’elle marmonnait, les yeux clos, les bras tendus devant elle : Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. Amen. 

Frédérique MARTIN


***

Les autres participants :