Tu as retrouvé cette vieille montre dans un tiroir
que tu ne visites jamais plus
un tiroir bourré d’objets enfantins et de crayons rognés
d’agrafes et d’élastiques distendus
la montre ne fonctionne plus elle s’est figée sur une heure
dont tu ne te souviens plus un jour que tu te ne rappelles pas
seize heures et trois minutes d’une année oubliée
seize heures et trois minutes d’un monde disparu.
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mardi 7 novembre 2017
jeudi 15 juin 2017
Balade nocturne
Le bruit du moteur dans la nuit parfumée
me tient éveillé si bien que je vois dans un éclair
les silhouettes des tournesols fatigués
se profiler sur le ciel outre-mer
Des flots d’odeurs entrent par la fenêtre ouverte :
ça sent l’arbre la terre et l’herbe chaude
la rosée aussi
Je fredonne un air lointain je vais vers la petite ville
Parfois un grand oiseau traverse la clarté des phares
Si vite que j’ai à peine le temps de le voir
Je vague entre plaine et colline
poursuivi par le vent
Cette nuit-là j’ai rencontré le ciel le silence
absolu qui se met à quatre pattes derrière les arbres
Je n’ai rien oublié je n’ai rien retenu cependant
je suis encore dans cette bagnole qui happe
une ombre au détour d’une route en pente.
dimanche 23 avril 2017
Débarquer...
Après le ferry aux odeurs de rouille et de peinture
après la descente dans le petit matin éblouissant
après la traversée du village encore engourdi
me voilà dans la campagne brune et moutonneuse
poussant la bagnole dans le silence bleu
fenêtres grandes ouvertes aux insectes perdus
avec la crainte enfantine de voir un oiseau pénétrer
dans l’habitacle et fouetter le plafond de ses ailes
Le moteur frémit la route est déserte abandonnée
aux parfums des herbes sauvages
Des chênes-lièges écorchés semblent se lever dans la lumière
j’ai à peine le temps de les voir qu’ils ont disparu
et ce sont des rochers rouges et ce sont des terres cramées
jusqu’à l’os et ce sont des brebis immaculées
qui me regardent passer
Je rejoins l’origine du monde je roule vers le chaos
tranquille et apaisé
je fonce vers le désordre du paysage et l’ordre de l’esprit
et tandis que je me gave de phraséologie
survient une théorie de maisons colorées sur la crête
d’une colline si haute qu’elle ressemble à une montagne
Si je le pouvais je roulerais en aveugle
sans plus penser à quoi que ce soit
bercé par le ronron du moteur et cette sorte de sommeil
qui s’empare de nous dès qu’on ferme les paupières.
dimanche 19 mars 2017
Coupe Sombre
«Ça déboise ferme dans les rangs des morts-vivants»
m’a-t-il dit en se servant du café
dans une vieille tasse fendillée comme une peau
de lézard— je n’en ai pas voulu de son café—
je n’en bois plus jamais depuis cet après-midi
dans la forêt des songes
depuis ces heures dans la forêt des cauchemars
quand la mort est venue en visiteuse
tâter mon pouls d’un doigt circonspect puis s’en aller
d’un pas nonchalant
Il me regarde du coin de l’œil un demi-
sourire sur ses lèvres pâles
il a posé sa tasse sur la table basse
où les cercles s’entrecroisent
comme autant de lunes vides
«Ça déboise ferme» dit-il encore
avant de se masser le ventre et de me dire
que les jours deviennent de plus en plus courts
et qu’il faudra penser à remplir les valises
ou à les vider— ça dépend de ce qu’on veut
Je lui dis qu’il va bientôt pleuvoir
— comme d’habitude.
jeudi 25 août 2016
L'Oiseau de craie
L’oiseau de craie rose
traverse le plafond
un cheval marin blesse
les murs de ses sabots
d’argile bleue
et les rires en créneau
découpent des dentelles
dans le tissu de l’air
trame délicate
de l’enfance jouée
où la larme vaut
un baiser de colle
blanche un mot précieux
au fond de la poche
trouée
On a jeté la pièce
qui tinte sur le dallage
on a semé des cris
avec les oiseaux en maraude
on a lancé des crachats
vers le soleil
qui ne s’en émeut pas
et quand le jour repose
au creux de la paume
comme un œil de bœuf
fraîchement arraché
on retient à grande douleur
une envie de pleurer
L’oiseau de craie rose
en poussière est tombé
mais on entend son chant
retentir encore sur la ville
et les têtes penchées
dans la double absence
de ce qui fut
et de ce qui est
tremblent à l’idée de se retourner.
lundi 1 août 2016
On m'avait dit...
On m’avait dit le fleuve et la plaine
les alluvions au goût d’argile
les graines éparpillées au vent
les fétus sur le fil du ruisseau
la pie à la cime de l’arbre en dieu
tutélaire d’un monde étriqué
à peine plus large qu’une flaque
On m’avait dit les villes les bourgs
les herbes de la périphérie
les puits si profonds les schistes
et le lignite qui tache les doigts
dans le ventre frais de la cave
les silences du salpêtre
dans la nuit des murs opaques
et l’odeur d’urine des souris
stupéfaites sous la griffe
On m’avait dit les arbres
les moissons couchées par la pluie
embrouillées par les orages
et les grêles impitoyables
On m’avait dit les envolées
d’oiseaux semés par une main
invisible comme on jette
des cailloux dans l’eau du canal
On m’avait dit les murs éventrés
les caniveaux les fossés
de drainage les tumuli spongieux
les bosquets les mousses fades
les insectes écrasés
par des pas indifférents
On m’avait dit l’humus la boue
la fange qui gante les mains
la course entre les bouleaux
déjà affrétés pour le froid
les lentes journées à vivre
les longs soirs à mourir
l’esprit accaparé par le décompte
des fleurs minuscules du rideau
baigné par la lueur flambante
du poêle
On m’avait dit les heures
les secondes amassées dans un sac
de jute et la fin des souriceaux
criaillant sur les tisons à vif
On m’avait dit le soleil sur les mains
on m’avait dit l’hiver dans les veines
et la bruine dans les orbites
et la brume dans la voix
On m’avait dit l’éternité
en feuille d’automne.
vendredi 13 mai 2016
L'Oiseau
Cet oiseau singulier enfermé dans sa tête
froufroute depuis des heures se cogne aux os
blesse ses tempes douloureuses
fait crisser les vertèbres
comme les dents du loup sur la carcasse
Il chante il siffle il hurle
et monte ses trilles en cascades
jusqu’à fracasser les rochers
des vallées et des gorges abruptes
Où la mort entre deux sentiers
est affalée poussiéreuse
la main nouée sur une pierre
couleur de coquillage
Le vent se dresse ferme sur ses hanches
solides et donne de la voix
contre la falaise où la trace
des hommes et des femmes feues
est toujours aussi fraîche et vivante
qu’au jour premier
Des chevaux paissent l’herbe maigre
des prairies torréfiées
l’après-midi s’éparpille en un pullulement
de lumière thé
dans la fraîcheur du bar les mélodies
désuètes dansent sans presque bouger
— les machines luisent
la pénombre est rouge comme un morceau de peau
et si la mer pénètre lente et obstinée
par les quelques fentes du rideau de perles
si ses murmures réussissent à s’imposer
dans l’espace parfumé de café et d’anis
il se peut que l’oiseau s’apaise enfin.
vendredi 29 avril 2016
Taches de soleil
Le goût intact et frais
des framboises revient
et les bois alentour
se dressent dans la chambre
close sur l’aube hésitante
et les coups de clairon
du monde qui s’ébroue
Des frémissements des tremblements
des respirations énormes
soulèvent la peau
des rêves et des songes encore engourdis
dans leur mélasse
Les rideaux sont de marbre
la table est un gisant
les chaises sont mortes la nuit
pareilles à des animaux sacrifiés
le canapé placide
attend qu’une vie nouvelle
lui soit insufflée
C’est une maison béante
un trou dans les entrailles
une niche dans l’estomac
peuplée d’oiseaux nocturnes
de souris d’insectes
innomés de brins d’herbe
et de poires croquées
dans l’éblouissement
d’un mercredi de vergers.
jeudi 17 mars 2016
Il pleut
Il pleut dans le couloir de l’hôpital des Enfants morts
il pleut si fort que les murs cascades et ruisseaux
bisons pourchassés et chiens de prairie et coyotes
se noient et se diluent sans pousser un seul cri
Tous les lits ont crevé les pantoufles agonisent
sur des tapis trempés comme la soupe tiède du soir
et les vitres embuées montrent parfois la blessure
grasse d’un sourire du dimanche en soleil
Le vent s’est engouffré dans les méandres du béton
les armoires métalliques bâillent sur des étagères
de flacons brisés et de coupelles toujours intactes
où les signes de la douleur patiente n’ont pas eu de prise
Par l’échancrure du toit tombe une lame de lumière
qui réveille des îles et des navires abrutis de sommeil.
samedi 20 février 2016
L'Orange
L’orange flambe dans l’assiette
où la peau des mots
tombe en corolles
parmi les pépins gras
de salive et les soupirs
entortillés en allumettes
noircies— tu suçotes
la pulpe des paroles
murmurées par-dessus
le silence des abeilles
et la clarté morcelée
des feuillages où l’oiseau
s’endort écrasé
de chaleur et de fatigue
Tu n’iras plus ailleurs
tu resteras immobile
dans la stupeur de la méridienne
décortiquant les agrumes
d’un doigt raide et blessé
pendant que le temps
traînera sa nonchalance
vers le puits qui hurle
sa fraîcheur impassible
dans un cri toujours naissant
et jamais abouti
Les fourmis tenaces
ont envahi la table
ont rempli les assiettes
de leur grouillement
à mesure que ta voix s’est enfuie
en bel oiseau poudré
de murmures et de désirs
de fruits de chairs caressantes
de souvenirs lovés
sur eux-mêmes tels ces lombrics
que la bêche coupe en deux
«Enfin écoute un peu
il n’est plus rien que ces images
ce poirier pétrifié sous la brise
de l’été cette vieille femme
déchiquetant sa vie
en petits bouts inquiets
il n’est plus rien d’autre que le baiser
du soir dans les draps
qui sentent la lessive
et la lente maturation des citrons»
C’est ta voix qui s’envole
c’est ta voix qui se brise
c’est ta voix qui chute
dans le gouffre aux eaux
savonneuses c’est ta voix
qui s’étiole qui s’effrite
et qui finira particules
insensibles dans l’immense
torpeur d’un soleil achevé.
mardi 2 février 2016
Lever du jour
Il avait lâché son souffle alors que l’aube se levait sur la mer
teignant les trolleybus d’or de feu et de cette fraîcheur qui enivre
le pas de celui qui court encore sur les pavés de la nuit
Il n’y avait plus de rires ni d’apéritifs sous les arcades
où les tables humides dormaient en échassiers
avec leurs souvenirs de limonade et de liqueurs amères
Les bateaux affirmaient sagement leur blancheur
et la basse tonitruante de leurs voix enrubannées d’oiseaux
dont l’éclat blessait les yeux tel un trait d’aiguille
L’odeur du dernier souffle stagnait malgré la fenêtre ouverte
ne pas crier ne pas pleurer ne pas gémir vers ce ciel si paisible
que les anges tendent comme un grand drap de lin
Comment mais comment supporter ce miracle de douleur ?
Comment maintenir la petite flamme de l’haleine ?
Comment détordre les racines du ventre ?
Il y fallait l’azur et l’oubli il y fallait le soleil triomphal et l’amertume
Vers le front de mer la rue bruissait comme un grand corps
étirait ses membres encore gourds et obscurs
jusqu’aux quais ombragés de palmiers où le jour s’installait
à tâtons ébloui par un soleil naissant couleur de mandarine.
lundi 18 janvier 2016
La flambée
C’est la maison qui monte
au ciel
ses tuiles pincées par le soleil
et l’azur
— il pleut de l’ombre dans la lourdeur
de l’après-midi
quand l’armoire aux draps
ouvre la bouche
en libérant des parfums
de savon et d’olive
Plus rien ne bouge plus rien ne veille
les bruits de vaisselle
ne sont que souvenirs
et la paix autour de la table
une image fanée
et le goût de la soupe
une sorte de fleur
Tu ne diras rien
du froissis des rideaux
ni des marmites culottées
ni de l’éclat discret du verre
ni de la tranquillité des couverts
dans le tiroir où vit une forêt
C’est la maison qui descend
dans les profondeurs du soir
poudrée de givre
de soupirs de braiements
et de longs silences
dans la stupéfaction du feu
qui égrène le temps.
dimanche 10 janvier 2016
Le rêve total
Tout sentait l’herbage et le foin
tout sentait la fleur
tout sentait le pelage dru
tout sentait la vanille au détour
de la route étincelante
tout sentait la mer et la chèvre
tout sentait le sable
et la roche qui cuit impassible
dans l’éternité de l’après-midi
tout sentait la douceur de la brise
tout sentait le bitter éventé
tout sentait la bouteille vide
tout sentait le vin répandu
et la bête sur les braises
tout sentait la dame-jeanne
dans sa gangue tressée
tout sentait la sueur tout sentait le gras
tout sentait la poussière plaquée
au sol entre les buissons durs
et noirs comme des peaux
tout sentait les fruits talés
la pastèque craquelée
et les melons blessés qui saigne de l’eau
tout sentait l’ombre tiède
les barques endormies
et la mort assoupie entre les arbres
ses pieds posés sur les feuilles
sèches et les scories de bois
tout sentait l’azur stupéfié
et les éclats de voix et la satisfaction
d’être repu quand le soleil soudain
donne des gifles à celui qui se dresse
et cherche la source et la bouchée
de fraîcheur mêlée d’insectes
tout sentait la nuit accrochée au flanc
des collines
tout sentait l’abîme le ravin le gouffre
les lèvres entrouvertes où la lune
glisse un doigt si frêle
qu’il se brise aussitôt
quand les bourriques broutent
une végétation épaisse et pénible
lorsque le soupir écume au loin.
samedi 26 décembre 2015
L'enfant...
L’enfant regarde passer les nuages
l’enfant regarde passer la pluie
l’enfant regarde passer sa vie
et ses rêves qui courent
comme des milliers de souris
dans tous les coins de la maison
l’enfant regarde passer
le temps sur les fleurs du jardin
et les arbres lointains
proprement alignés
sur l’horizon qui s’efface et s’enfuit
L’enfant voit tout ce qui frémit
et ce qui tremble : de la feuille
à la lumière sur la brique noire
de la goutte dans la flaque
aux bulles du rat dans la rivière
du caillou qui grimace
à la barrière si lasse sous le ciel
Il s’étonne il s’émeut il s’éprend
de l’oiseau de la limace et de l’ombre
des choses et du souffle des bêtes
qui s’endorment contre lui le soir
Il ne bouge pas il ne dit rien
il regarde passer les nuages
et les pluies venues de si loin
et les oiseaux si fins et si colorés
qu’ils ressemblent à des rêves.
vendredi 18 décembre 2015
Une saison définitive
Les chevaux pleurent dans les squares dévastés
les murailles éclatent en myriades d’atomes
les cris crèvent sans fin dans les villes foudroyées
les maisons meurent avec des lenteurs de vieillards
les fenêtres pulvérisées ne renvoient plus la lumière
le soleil est sombre et les ombres sont incandescentes
les rats courent le long des chicots de béton
la poussière met une éternité à retomber
l’ivresse de la faim s’empare des yeux las
l’odeur des flammes vient pétiller sur la lèvre
les voix se traînent comme des poissons sur la berge
les chansons ne tranchent plus le ciel
les bruits tuent les bruits le silence ne repose plus
quelle heure est-il quelle nuit est-il ?
sur la table le compotier intact dort avec le ventre plein
lundi 9 novembre 2015
Demeure
Dans la maison qui saigne
le seul silence fait bouger
ses ombres : le robinet qui fuit
les escaliers sans pas
les portes fermées sur des chambres
vides où les rires n’éclatent plus
depuis si longtemps que la mémoire
même en est fanée
comme une poignée de pétales
mis au feu
Les bêtes rongent les murs
les fantômes pourrissent
au fond des marmites
et dans les porcelaines fendues
si froides que la lèvre
ne pourrait les effleurer sans frémir
et songer à un hiver
sur des prairies infinies
C’est la lumière du jour
qui tremble dans les fenêtres
un jour désormais couleur
de glace et de fiel
un jour vacillant sur ses pieds
frêles et qui tombe
puis se redresse et retombe
dans la candeur du matin
Dans la maison qui pleure
la nuit a rassemblé ses draps
— le silence s’endort
sous l’escalier qui ne monte plus
sous l’escalier qui ne descend plus
sous l’escalier assoupi
tel un enfant arraché
à la fièvre.
mardi 27 octobre 2015
(à Prévert)
Un souffle sur une feuille
un frisson sur la peau
la trace imperceptible du gel
dans la nuit épaisse
une ébauche un fragment
le chant d’un oiseau dans le vacarme
ou la voix d’une enfant perdue
dans la foule un soir de fête
un rire qui ne vient pas
une larme sèche un geste figé
un sourire qui s’évanouit
une ride sur l’eau d’un étang
un pot de confiture oublié
une voix qui dit «maman»
une armoire avec une haleine de sucre
une photo piétinée un carrelage
qui luit dans la pénombre
une discussion légère
comme un verre de limonade
une fourmi sur le mur
un mouton mort dans le fossé
une figue une fleur de crocus
un chiot un cheval un cochon
qui court dans le sentier
une chèvre muette un loup
qui n’existe pas mais que tu vois
un monstre dans les coins sombres
un couloir très chaud un corridor très froid
une tache de vin sur le coton blanc
un jour de mariage un orchestre
qui bat le temps une scie égoïne
un doigt qui saigne un sanglier
dans un hall en hiver
une enveloppe couverte de chiffres
une dent dans une paume
une souris dans une chaussure
un bouton cassé un fil qui dépasse
une chanson qui revient une odeur
d’herbe coupée une bouffée de vent
dans la bouche une coccinelle
sur la fenêtre poussiéreuse
un déclic de serrure une lune
parfaite au-dessus des écoles
une ombre dans la nuit de l’été
une silhouette sur la neige
un canal pétrifié sur des poissons crevés
une cascade en verre des bouleaux
épluchés par la bise
un monde qui s’effondre là-bas
des bateaux qui se balancent
un train qui grince dans la froidure
un homme qui mange assis sur un trottoir
des enfants sur un matelas
qui sent la pisse un rat mort
qui te regarde d’un œil blessé
une tomate écrasée sur l’asphalte
une poire au cœur noir
des yeux qui ne sont plus là
des bouches qui ne parlent plus
des mains qui ne frémissent plus
des colères éteintes et de fureurs
insensées des fragilités inutiles
et un tout petit bout de mémoire.
vendredi 16 octobre 2015
Il n'est pas encore là
Il n’est pas encore là le jour
qui embaume le basilic
et la menthe le jour qui s’appuiera
au rebord de la fenêtre
pour saluer tes pas qui se décomptent
entre le salon et le seuil
où le paillasson hirsute
conserve la boue des promenades
anciennes
elle n’est pas encore là cette aube
grêle comme la nacre et fragile
comme un baiser sur le front
elle n’est pas là mais tu la pressens
tu te la figures assise sur la chaise
de la terrasse entourée de fleurs
et de papillons poudreux
de lumière et d’allégresse
tandis que les arbres tendent vers toi
leurs branches aimables sous lesquelles
tu t’assoupis souvent
C’est la nuit toujours l’odeur de la terre
monte en toi lente et obstinée
avec des remugles de fange et de limon
qui font tourner la tête.
samedi 10 octobre 2015
Les fêtes tristes
L’oiseau a salué ton passage
le rat a frémi à ton ombre
l’air s’est écarté devant toi
comme la mer devant les fuyards
et les nuées devant les baleines
qui glissent par-dessus les toits
en une lente procession
que les mains saluent avec vigueur
— il ne restera plus rien
de cette allégresse
ni des hourras pour le temps
recroquevillé sur lui-même
en limace qui meurt sous le sel
— les feuilles tomberont
sans heurt de si haut que tes yeux
ne pourront suivre leur course
et tu les verras soudain sur tes mains
posées en pellicules
pareilles à des moisissures
nées de ta peau même
Effaré par la ribambelle du balang
des cloches dans la claire
matinée d’un soleil si propre
qu’on le penserait faux
tu marches sur les pavés
au rythme cassé
les oreilles battantes l’œil
ébloui par la lumière qui pleut
comme un Niagara depuis le ciel
bleu de lessive sur les squares
impeccables tirés à quatre épingles
et punaisés de rires
— c’est la mort qui appelle la foule
la bête doit mourir dans son corps de carton
on doit la sacrifier sur le sable
et le sang s’écouler en un flot
tiède et impétueux
On dit que la guerre est proche
que les innocents affutent leurs armes
et leur agonie future
on dit que les jours vont se figer
que les minutes se stupéfier
on sort des brouettes de mots
on arrache le lierre et la vigne vierge
on ne laisse que l’ossature
qui semble si frêle à la lumière
et on s’en va voir la bête
pousser ses cris factices
dans le fracas des bugles d’or
Ton ombre sur les murs
est un géant protecteur
qui bondit qui gesticule
et peut du bout du doigt
effleurer les fenêtres
là-haut les tuiles les nuages
et jusqu’à la lune qui montre
son rond pâle et discret
— il ne pleuvra pas
tes chaussures sont luisantes
ton souffle est léger comme la mouche
transie de froid
et les mouettes égarées
dans la ville crient des choses
que tu ne comprendras jamais.
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