lundi 9 novembre 2015

Demeure

Dans la maison qui saigne
le seul silence fait bouger
ses ombres : le robinet qui fuit
les escaliers sans pas
les portes fermées sur des chambres
vides où les rires n’éclatent plus
depuis si longtemps que la mémoire
même en est fanée
comme une poignée de pétales
mis au feu

Les bêtes rongent les murs
les fantômes pourrissent
au fond des marmites
et dans les porcelaines fendues
si froides que la lèvre
ne pourrait les effleurer sans frémir
et songer à un hiver
sur des prairies infinies

C’est la lumière du jour
qui tremble dans les fenêtres
un jour désormais couleur
de glace et de fiel
un jour vacillant sur ses pieds
frêles et qui tombe
puis se redresse et retombe
dans la candeur du matin


Dans la maison qui pleure
la nuit a rassemblé ses draps
— le silence s’endort
sous l’escalier qui ne monte plus
sous l’escalier qui ne descend plus
sous l’escalier assoupi
tel un enfant arraché
à la fièvre.

2 commentaires:

  1. Le poète tisse, à mots mortifères, une chasuble de deuil . La maison de la mort vient recouvrir la maison de vie....Abandon total ...Ici, c'est fini.... à jamais???

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    1. La mort, tout ça. Faut bien y passer. Pour toujours.

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